Évaluation internationale des connaissances,
des sciences et des technologies agricoles pour le développement
(IAASTD)
Résumé analytique du Rapport de synthèse
Déclaration des gouvernements
Tous les pays présents à la dernière assemblée
plénière intergouvernementale tenue à Johannesburg, Afrique du Sud, en avril
2008, se félicitent du travail de l’IAASTD et de la singularité de ce processus
multilatéral et pluridisciplinaire indépendant, tout en reconnaissant la portée
des défis liés à la gestion d’un grand nombre de questions complexes. Les
gouvernements présents reconnaissent que le rapport global et les rapports
régionaux représentent les conclusions d’études menées par des hommes de
sciences, des experts et des spécialistes du développement d’horizons divers.
S’ils affichent un consensus général sur l’importance des connaissances, des
sciences et des technologies agricoles pour le développement, ces rapports
présentent aussi une diversité de points de vue sur certaines des questions
abordées.
Tous les pays considèrent ces rapports comme une
précieuse contribution qui est importante pour notre compréhension des
connaissances, des sciences et des technologies agricoles pour le
développement, tout en reconnaissant la nécessité d’approfondir notre
compréhension des défis qui se profilent à l’horizon. Cette évaluation est une
initiative constructive et une contribution importante dont tous les
gouvernements ont besoin pour aller de l’avant et libérer le potentiel des
connaissances, des sciences et des technologies agricoles pour la réalisation
des objectifs de réduction de la faim et la pauvreté, d’amélioration des moyens
de subsistance en milieu rural et de la santé humaine, et de promotion d’un
développement équitable, socialement, écologiquement et économiquement
rationnel.
Conformément à la déclaration ci-dessus, les
gouvernements suivants ont approuvé le Résumé analytique du Rapport de
synthèse.
Arabie saoudite, Arménie, Azerbaïdjan, Bahreïn, Bangladesh, Belize,
Bénin, Bhoutan, Botswana, Brésil, Cameroun, Costa Rica, Cuba, El Salvador,
Ethiopie, Finlande, France, Gambie, Ghana, Honduras, Iles Salomon, Inde, Iran,
Irlande, Jamahiriya
arable libyenne, Kenya, Kirghizistan, Liban,
Maldives, Mozambique, Namibie, Nigeria, Ouganda, Pakistan, Panama, Paraguay,
Philippines, Pologne, République démocratique du Congo, République démocratique
populaire du Laos, République de Moldavie, République de Palau, République
dominicaine, République populaire de Chine, République unie de Tanzanie, Roumanie,
Royaume uni de Grande Bretagne, Sénégal, Suède, Suisse, Swaziland, Timor
oriental, Togo, Tunisie, Turquie, Uruguay, Viet Nam, Zambie (58 pays)
Tout en souscrivant à la déclaration ci-dessus, les
gouvernements suivants n’ont pas entièrement approuvé le Résumé analytique du Rapport
de synthèse, et leurs réserves sont présentées en annexe.
Australie, Canada
et Etats-Unis d’Amérique (3 pays).
Résumé exécutif du Rapport de synthèse de
l’Evaluation internationale des connaissances, des
sciences et des technologies pour le développement (IAASTD)
Le Rapport de synthèse illustre la complexité et la
diversité de l’agriculture et des AKST dans toutes les régions du monde. Il a
été conçu à partir du rapport mondial et des cinq rapports régionaux qui ont
fourni les informations utilisées pour l’analyse intégrée des principales
questions à résoudre pour réaliser les objectifs de développement et de
durabilité. Il comprend deux parties qui traitent de la question principale
suivante : Comment les AKST peuvent être utilisées pour réduire la faim et
la pauvreté, améliorer les moyens de subsistance des populations rurales et promouvoir
un développement équitable et écologiquement, socialement et économiquement
rationnel ? Le Rapport examine huit thèmes transversaux, à savoir :
bioénergie, biotechnologie, changements climatiques, santé humaine, gestion des
ressources naturelles, commerce et marchés, connaissances traditionnelles et
locales et innovation à base communautaire, et femmes dans l’agriculture. Le
Résumé est subdivisé en deux grandes parties. La première partie présente la
situation actuelle, les défis et les lignes d’action qui forment les AKST, et
la seconde traite des huit thèmes transversaux.
L’Evaluation internationale des sciences et des
technologies agricoles pour le développement (IAASTD) reflète une prise de
conscience générale, à savoir qu’en dépit d’importants progrès scientifiques et
technologiques qui ont permis d’accroître la productivité agricole, nous avons été
moins attentifs aux retombées involontaires de nos succès sur les plans social
et environnemental. Le moment est venu d’engager une réflexion et de définir différentes
options pour assurer la sécurité alimentaire et la protection des moyens de
subsistance dans un environnement de plus en plus difficile, en intervenant
aussi bien dans le secteur agricole et les systèmes économiques mondiaux que
dans d’autres domaines.
Cette
prise de conscience générale est directement liée aux objectifs de l’IAASTD. Il
s’agit de trouver des moyens d’utiliser les connaissances, les sciences et les
technologies agricoles (AKST) pour faire reculer la faim et la pauvreté,
améliorer les moyens de subsistance des populations rurales et promouvoir un
développement équitable et durable sur les plans écologique, social et
économique. A travers l’IAASTD, nous reconnaissons l’importance des AKST pour la
multifonctionnalité de l’agriculture et ses liens avec d’autres problèmes qui
se posent autant au niveau local que mondial, notamment la perte de la biodiversité
et la diminution des fonctions des écosystèmes, les changements climatiques et
la disponibilité de l’eau.
L’IAASTD occupe
une place à part dans les évaluations des sciences agricoles, car elle évalue
aussi bien les sciences et technologies (S&T) modernes que les savoirs
locaux et traditionnels, examine non
seulement la production et la productivité mais aussi la multifonctionnalité de
l’agriculture, et reconnaît que le rôle et la nature des AKST peuvent être
abordés sous différentes perspectives. Pendant des années, l’agronomie a été essentiellement
axée sur la diffusion des technologies pour accroître la productivité au niveau
de l’exploitation, le marché et les mécanismes institutionnels mis en place par
l’État étant les principales forces qui poussaient à adopter les nouvelles
technologies. Le modèle général consistait à innover constamment, à réduire les
prix aux producteurs et à externaliser les coûts. Ce modèle a permis d’obtenir des résultats
extraordinaires en matière d’AKST dans les pays industrialisés après la seconde
Guerre mondiale, et a été le moteur de la Révolution verte amorcée dans les
années 60. Mais face aux nouveaux problèmes qui se posent aujourd’hui, les
organisations scientifiques et technologiques sont de plus en plus nombreuses à
reconnaître la nécessité de revoir le modèle d’AKST actuel. Le statu quo n’est
plus une option. Il faut donc réexaminer le rôle que les AKST peuvent jouer dans
la réalisation des objectifs de développement durable, en s’attachant à tenir davantage
compte des différentes perspectives mondiales et approches parfois
contradictoires de façon à éclairer et formuler des stratégies propices aux multiples
fonctions de l’agriculture.
Pour
répondre aux différents besoins et intérêts des êtres humains, nous devons aborder la question de la
durabilité suivant une approche commune fondée sur la collaboration aux niveaux
local et international. Nous ne pouvons pas contourner la difficulté en nous
bornant à faire l’amalgame des choix individuels pour produire des résultats
collectifs durables et équitables. Il faut des incitations pour influencer les
choix individuels. Des problèmes tels que la pauvreté ou les changements climatiques
appellent également une action et une gestion concertées, régies par des
conventions collectives, et à une échelle qui dépasse les intérêts individuels.
Aux niveaux mondial, régional, national et local, les décideurs doivent être profondément
conscients qu’il y a des problèmes différents, de multiples cadres théoriques
et modèles de développement, et diverses options pour atteindre les objectifs de développement et de durabilité.
La marche à suivre pour protéger notre planète et assurer notre avenir dépend
de notre perception des problèmes et des solutions retenues.
Les objectifs de développement et de durabilité doivent
s’inscrire dans le contexte i) des inégalités économiques et sociales et des incertitudes politiques liée aux guerres
et conflits ; ii) des incertitudes quant à notre capacité à produire et
distribuer suffisamment de denrées alimentaires ; iii) des incertitudes quant à l’évolution des cours
mondiaux des produits alimentaires ; iv) de l’évolution de la politique
économique en matière de consommation de l’énergie fossile ; v) d’une concurrence
accrue pour les ressources naturelles ; vi) de la recrudescence des
maladies chroniques qui sont dues en partie à la malnutrition et à des
problèmes liés à la qualité et la salubrité des aliments ; et vii) de l’évolution
des conditions écologiques et d’une reconnaissance accrue des responsabilités
humaines dans la préservation des services qu’offrent les écosystèmes mondiaux (approvisionnement, régulation,
culturels et d’appui).
Développement asymétrique, utilisation non viable des
ressources naturelles, pauvreté rurale et urbaine persistante, tels sont les
termes qui caractérisent le monde dans lequel nous vivons aujourd’hui. D’une
manière générale, les effets négatifs de l’évolution du monde ont surtout
touché les groupes les plus pauvres et les plus vulnérables, leurs droits et leurs
opportunités de croissance étant toujours limités.
Le rythme de création et
d’adoption des technologies modernes a été très inégal. Les acteurs en Amérique
du Nord et en Europe et dans les pays émergents, qui ont réalisé d’importantes
économies d’échelle grâce aux AKST formelles, conserveront la part du lion dans
les exportations agricoles et les chaînes de valeur étendues. Il importe au
plus haut point de diversifier et de renforcer les AKST en tenant compte des
différences qui existent entre systèmes agroécologiques et en termes de conditions
sociales et culturelles. Le défi majeur est de répondre à la nécessité de réformer
les AKST, de réduire la pauvreté et d’améliorer les moyens de subsistance des
ruraux pauvres, notamment les paysans sans terres et les travailleurs migrants
dans le secteur urbain non structuré.
La préoccupation fondamentale dans toutes les régions est de faire
reculer la pauvreté et d’offrir des moyens de subsistance aux pauvres qui se
heurtent à des inégalités intra et interrégionales. On reconnaît aujourd’hui que
la crise grandissante en matière de sécurité alimentaire pose des problèmes
plus complexes et potentiellement plus graves que celle des années 60. La
capacité et la volonté des différents acteurs, notamment du secteur public, de la
société civile et du secteur privé, d’aborder la question fondamentale des rapports
entre la production, les systèmes sociaux et environnementaux, dépendent des
clivages politiques et économiques.
La prise de conscience des enjeux et l’acceptation des moyens d’action
possibles passent par un engagement à long terme des décideurs de répondre aux
besoins spécifiques d’un large éventail d’intervenants. Pour faire face aux
défis, possibilités et incertitudes que nous réserve l’avenir, il faut tenir
compte des systèmes de savoir et de l’ingéniosité humaine en matière de
sciences, de technologies, dans la pratique et les politiques. Et pour ce
faire, il faut adopter des modèles de développement non hiérarchiques.
Dans le domaine des AKST, le défi majeur
consiste à accroitre la productivité agricole d’une manière durable. Les AKST
doivent répondre aux besoins des petites exploitations dans différents
écosystèmes et leur offrir des possibilités réelles de développement dans les
régions où il est difficile d’accroître la productivité et où les changements
climatiques risquent d’avoir les effets les plus préjudiciables. Les principales
questions à résoudre par les AKST, qui sont liées aux systèmes agricoles
multifonctionnels, sont les suivantes :
·
Comment
améliorer le bien-être social et les moyens de subsistance dans le secteur
rural et accroître les effets multiplicateurs de l’agriculture ?
·
Comment doter
les acteurs marginalisés des moyens de préserver la diversité des systèmes
agricoles et alimentaires, y compris dans leurs dimensions culturelles ?
·
Comment
assurer l’approvisionnement en eau potable, préserver la diversité biologique et
les ressources naturelles disponibles, et atténuer les effets négatifs des
activités agricoles sur l’homme et l’environnement ?
·
Comment
assurer et renforcer les services écologiques et culturels tout en accroissant
durablement la productivité et la diversité des aliments, des fibres et des
biocarburants produits ?
·
Comment gérer
efficacement la création commune de savoirs d’origine de plus en plus
hétérogène, et les échanges d’information entre différents organismes publics et privés de création et de diffusion des
AKST ?
·
Comment intégrer
la production des exploitations marginalisées qui pratiquent une agriculture
pluviale dans les marchés locaux, nationaux et mondiaux ?

Lignes d’action
La
réalisation des objectifs de développement et de durabilité et l’adaptation aux
nouvelles priorités et à l’évolution du monde passent par une réorientation
substantielle des AKST, et notamment des sciences, des technologies, des
politiques, des institutions, des investissements et par le renforcement des
capacités. Une telle mutation reconnaîtrait et renforcerait l’importance de la multifonctionnalité
de l’agriculture, compte tenu de la complexité des systèmes agricoles dans
différents contextes sociaux et écologiques. Ce qui impliquerait de nouveaux
mécanismes institutionnels et modes d’organisation afin de promouvoir et diffuser
les AKST suivant une approche intégrée. Cette mutation reconnaîtrait également
les communautés agricoles, les ménages paysans et les exploitants comme des producteurs
et gérants des écosystèmes, en modifiant au besoin les systèmes
d’incitation pour tous les intervenants de la chaîne de valeur de façon à
internaliser le plus grand nombre possible d’externalités. En termes
d’objectifs de développement durable, ces mesures et changements
institutionnels devraient être principalement axés sur les groupes qui ont le
moins tiré profit des approches antérieures des AKST, à savoir les agriculteurs
pauvres, les femmes et les minorités ethniques.[1]
Cette transformation dépendrait également de l’aptitude des petits exploitants à
trouver des emplois rémunérés dans le secteur non agricole et contribuer à la
croissance économique générale. Les
grandes exploitations et les fermes de taille moyenne restent une cible
importante des AKST qui y obtiennent des résultats appréciables, notamment en
termes d’exploitation durable des terres et de viabilité des systèmes agroalimentaires.
Il
importe d’évaluer les effets potentiels de la technologie sur l’environnement,
la santé et la société, et de mettre en place les cadres réglementaires appropriés.
Les AKST peuvent contribuer à améliorer considérablement la sécurité
alimentaire et l’impact économique et social des systèmes agricoles, de façon à
assurer des moyens de subsistance durables aux communautés rurales, et le
développement économique en général. Les AKST peuvent aider à remettre en état
les sols dégradés, à réduire les risques pour l’environnement et la santé
associés à la production et à la consommation alimentaires, et à accroître
durablement la production.
Pour réussir,
il faudra augmenter l’investissement public et privé dans les AKST, adopter des
politiques et créer des institutions d’appui, revaloriser les savoirs
traditionnels et locaux, et créer des connaissances et les partager suivant une
approche interdisciplinaire, globale et systémique. Les efforts aboutiront aussi
si les objectifs prioritaires en matière de développement et de durabilité sont
poursuivis en tenant compte de l’évolution de la situation internationale et si
l’on dispose des ressources financières et humaines nécessaires.
Pauvreté
et moyens de subsistance
Deux mesures
importantes pour améliorer les moyens de subsistance des populations rurales
consistent à faciliter l’accès des petits exploitants aux ressources foncières
et économiques, ainsi qu’aux marchés urbains locaux et d’exportation qui
offrent des prix intéressants ; et à accroître la valeur ajoutée locale et la
valeur engrangée par les petits exploitants et les ouvriers agricoles. On
contribuerait fortement à la réalisation des objectifs de développement durable
en donnant aux exploitants des moyens novateurs et culturellement acceptables de
gérer les sols, l’eau, les ressources biologiques et la diversité génétique, de
lutter contre les parasites et les vecteurs de maladies, et de préserver les
ressources naturelles. Pour allier les connaissances des agriculteurs à celles
provenant d’autres sources, il faudra forger de nouveaux partenariats entre
agriculteurs, chercheurs et d’autres acteurs.
Parmi
les mesures possibles pour améliorer les moyens de subsistance, on peut citer
l’accès au microcrédit et à d’autres services financiers, la création de cadres
juridiques qui garantissent l’accès aux ressources et à la terre et leur
jouissance, le recours à des mécanismes de règlement équitable des différends,
l’évolution progressive des régimes de droits de propriété intellectuelle et des
instruments connexes, et un engagement proactif en faveur de ceux-ci.[2]
Des aménagements sont nécessaires pour instaurer la confiance et reconnaître la
valeur des connaissances des agriculteurs, de la diversité biologique des
ressources agricoles et naturelles, des plantes médicinales cultivées, des
systèmes semenciers locaux et des régimes de gestion commune des ressources.
Pour mettre en œuvre chacune de ces options à l’échelon local, il faut des
mécanismes de responsabilisation aux niveaux régional et national. S’agissant
d’accroître les prix à la production pour les petits exploitants, les mesures possibles
devraient porter sur la politique budgétaire et en matière de concurrence,
l’amélioration de l’accès aux AKST, l’adoption de nouvelles pratiques
commerciales et le renforcement de l’influence politique.
Sécurité alimentaire
Les stratégies en
matière de sécurité alimentaire nécessitent d’utiliser à la fois les approches des
AKST, notamment l’amélioration de la gestion des réserves alimentaires, et des
systèmes efficaces d’information commerciale et d’alerte précoce, de suivi et
de distribution. Même si les mesures portant sur la production créent les
conditions nécessaires à la sécurité alimentaire, elles doivent être
appréhendées en même temps que l’accès des populations aux aliments (par leurs
propres moyens de production, les échanges et dans le cadre des programmes
d’aide publique) et leur capacité à assimiler les nutriments consommés (par un
accès suffisant à l’eau et aux services d’assainissement, une bonne nutrition
et des informations en quantité suffisante sur l’alimentation) pour assurer un
véritable sécurité alimentaire.
On parle
de sécurité alimentaire quand la population a en tout temps un accès
matériel, social et économique à des aliments sans danger et nutritifs en
quantité suffisante pour couvrir ses besoins physiologiques, répondant à ses
préférences alimentaires, et lui permettant de mener une vie active et d’être
en bonne santé. (FAO, L’état de l’insécurité alimentaire, 2001)
La
souveraineté alimentaire se définit comme le droit des peuples et
des États souverains à élaborer démocratiquement leurs politiques agricoles et
alimentaires. [3]
Les AKST peuvent accroître
durablement la production agricole en élargissant l’utilisation des AKST
locales et formelles pour mettre au point et vulgariser des cultivars appropriés
que l’on pourra adapter aux conditions locales ; en améliorant l’accès aux
ressources ; en améliorant la gestion et la conservation des sols, de
l’eau et des nutriments ; par la lutte phytosanitaire avant et après la
récolte ; et en diversifiant davantage la production agricole au niveau
des petites exploitations. Il existe différents moyens d’améliorer la sécurité
alimentaire, y compris par la production de cultures à forte valeur ajoutée sous-utilisées
dans les zones d’agriculture pluviale ; l’augmentation des exportations,
notamment des produits biologiques et du commerce équitable ; la réduction des
coûts de transaction pour les petits producteurs ; le renforcement des
marchés locaux ; des mécanismes pour assurer la salubrité
alimentaire ; la promotion de l’agro-assurance ; et l’amélioration de
la salubrité et la qualité des aliments. Les bouleversements des prix ou les phénomènes
climatiques extrêmes appellent un système mondial de surveillance et
d’intervention qui permette de prévoir à temps les pénuries alimentaires graves
et les disettes induites par les prix.
Les investissements dans les AKST peuvent accroître durablement la productivité des
principaux aliments de subsistance, y compris les plantes orphelines et
sous-exploitées, qui sont souvent
cultivées ou consommées par les pauvres. On pourrait également investir dans
les changements institutionnels et les mesures susceptibles d’améliorer l’accès
des pauvres aux vivres, à l’eau, aux semences, au matériel génétique et aux
technologies améliorées.
Préservation de l’environnement
Les systèmes d’AKST doivent accroître la viabilité du point de vue de
l’environnement tout en maintenant la productivité de manière à préserver la
base des ressources naturelles et assurer la viabilité écologique des systèmes
agricoles. Au nombre des options possibles, on peut citer une utilisation plus
rationnelle des nutriments, de l’énergie, de l’eau et des sols ; une meilleure
compréhension des dynamiques sol-plantes-eau ; une diversification accrue de l’agriculture;
le renforcement des systèmes agroécologiques et de la préservation et de
l’exploitation de la biodiversité tant au niveau des exploitations que des
paysages ; la promotion d’une gestion durable du bétail, des forêts et des
pêches ; une meilleure compréhension des fonctions agroécologiques de la
juxtaposition de terres cultivées et des habitats naturels ; et
l’atténuation de l’impact de l’agriculture
sur les changements climatiques et inversement.
Entre
autres options, on pourrait supprimer les subventions qui encouragent les
pratiques non viables et recourir aux mécanismes du marché et autres dispositifs
pour réguler et rétribuer les services agricoles et environnementaux, ce qui
améliorerait la gestion des ressources naturelles et la qualité de
l’environnement. On peut citer à titre d’exemple les mesures d’incitation destinées
à promouvoir la lutte antiparasitaire intégrée et la gestion du matériel
génétique écologiquement résilient, la rémunération des agriculteurs et des
collectivités locales pour leurs activités contribuant à la préservation des
écosystèmes, la création de marchés de substitution tels que les produits verts
et leur promotion, la certification des pratiques viables dans le secteur de la
foresterie et de la pêche, l’agriculture biologique et
le renforcement des marchés locaux. Les droits d’usage et de jouissance à long
terme des terres et de l’eau, les mesures de réduction des risques (filets de
sécurité, crédit, assurance, etc.) et la rentabilité des technologies recommandées
sont des préalables à l’adoption de pratiques viables. Il importe de mettre en
place des fonds communs et des modes de gouvernance qui privilégient les
approches participatives et démocratiques.
Les investissements dans les AKST qui pourraient améliorer la viabilité et
atténuer les effets préjudiciables à l’environnement sont, entre autres, les techniques
de préservation de la ressource, les techniques améliorées pour les systèmes de
production biologique et les pratiques à faible intensité d’intrants ; un grand
nombre de techniques de production de variétés tolérantes aux écarts de
température et aux parasites ; la recherche sur le lien entre les services
des écosystèmes agricoles et le bien-être
humain ; les études économiques et autres évaluations portant sur les
services écosystémiques ; l’utilisation plus rationnelle de l’eau et la réduction
de la pollution de l’eau ; la lutte biologique contre les nouveaux parasites
et agents pathogènes ; les substituts biologiques aux substances agrochimiques ;
et la réduction de la dépendance du secteur agricole à l’égard des combustibles
fossiles.
Santé et nutrition humaines
La capacité des individus, des collectivités et des pays à
atteindre les objectifs de durabilité dépend des liens qui existent entre la
santé, la nutrition, l’agriculture et les AKST. Ces liens existent dans le
contexte des multiples facteurs qui pèsent sur la santé humaine. Il importe
d’adopter une approche globale et intégrée pour déterminer la meilleure manière
d’utiliser les AKST pour améliorer la sécurité et la salubrité alimentaires,
réduire l’incidence et la prévalence des maladies infectieuses (notamment les nouvelles
maladies et les affections résurgentes telles que le paludisme, la grippe
aviaire, le VIH/SIDA, etc.) et chroniques et réduire les risques professionnels,
les accidents de travail et les décès par accident. De solides systèmes de surveillance,
de contrôle et d’intervention dans les secteurs de l’agriculture, de la santé humaine
et animale, peuvent aider à déterminer le coût réel de la morbidité et à
formuler des stratégies et mesures efficaces de promotion de la santé. Des
investissements supplémentaires sont nécessaires pour maintenir et améliorer
les systèmes et règlements existants.
·
La
sécurité alimentaire peut être améliorée par la
promotion de politiques et programmes qui visent à diversifier le régime
alimentaire et améliorer l’apport en micronutriments, ainsi qu’en améliorant et
diffusant les technologies existantes de production, de transformation, de
conservation et de distribution des aliments et en créant de nouvelles
techniques.
·
L’innocuité
des produits alimentaires peut être améliorée moyennant
des systèmes efficaces et dynamiques, coordonnés à l’échelle nationale et internationale,
pour protéger la santé des êtres humains, des animaux et des plantes, en
investissant par exemple dans l’infrastructure, la santé publique et la
médecine vétérinaire, en créant des cadres législatifs permettant d’identifier
et réduire les risques biologiques et chimiques, et en forgeant des
partenariats entre les milieux agricoles et scientifiques pour définir, surveiller
et évaluer les risques.
·
Le coût des maladies infectieuses peut être réduit en renforçant la coordination entre les
systèmes agricole, vétérinaire et de santé publique et en accroissant leur
capacité, en intégrant les politiques et programmes plurisectoriels d’un bout à
l’autre de la chaîne alimentaire pour freiner la propagation des maladies
infectieuses, et en développant et diffusant de nouveaux savoirs et
technologies agricoles pour détecter, surveiller et traiter les maladies.
·
Le coût des maladies chroniques peut être réduit par l’adoption de politiques qui reconnaissent
explicitement la nécessité d’améliorer la santé et la nutrition humaines, notamment en régulant la
composition des produits alimentaires, par des législations, accords
internationaux et des textes portant sur l’étiquetage des aliments et des
allusions à la santé, et la création d’incitations à la production et la
consommation d’aliments bons pour la santé.
·
La santé publique et la l’hygiène professionnelle peuvent être
améliorées en élaborant et appliquant des réglementations en matière de santé
et de salubrité (y compris des lois relatives au travail des enfants et à
l’emploi de pesticides), en réglementant des activités internationales telles que
l’utilisation illégale de substances agrochimiques toxiques, et en évaluent les
risques sanitaires de manière à identifier clairement les arbitrages à faire
entre l’optimisation des moyens de subsistance, la préservation de
l’environnement et l’amélioration de la santé.
Equité
Pour que les AKST contribuent à une plus grande équité, il importe
d’investir dans le développement de technologies adaptées aux conditions
locales et de faciliter l’accès des agriculteurs et des populations rurales en
général à la formation professionnelle et à l’enseignement formel et informel. Ce
n’est qu’en alliant les sciences et technologies modernes aux connaissances
locales et traditionnelles que les AKST peuvent
améliorer, dans le sens d’une plus grande équité, les conditions auxquelles
différents producteurs et gérants de ressources naturelles ont accès aux
technologies. Les organisations scientifiques et académiques doivent être
encouragées à forger différents types de partenariats en matière d’AKST. Les principales options consistent à faciliter l’accès et
l’utilisation des ressources naturelles (notamment l’eau et la terre) dans des
conditions plus équitables, à mettre en place des systèmes qui encouragent et
récompensent la multifonctionnalité, notamment les services écosystémiques, et
à prendre des mesures pour réduire la vulnérabilité des communautés rurales et
des ouvriers agricoles. Il est également
essentiel de réformer la gouvernance des organisations de promotion des AKST et
apparentées pour qu’elles contribuent de manière déterminante à améliorer les
connaissances scientifiques de base des collectivités, à décentraliser les
possibilités technologiques et à prendre en compte les préoccupations des
agriculteurs dans la définition des priorités de recherche et la conception des
services agricoles. Pour améliorer l’équité, il faut créer une synergie entre
les différents acteurs du développement – agriculteurs, ouvriers agricoles,
banques, organisations de la société civile, entreprises et organismes publics.
Il est en outre essentiel que les parties prenantes participent aux décisions
concernant les droits de propriété intellectuelle, l’infrastructure, les tarifs
et l’internalisation des coûts sociaux et environnementaux. En adoptant de
nouveaux modes de gouvernance pour créer des réseaux locaux novateurs et
décentraliser la gestion des affaires publiques en faisant porter les efforts
sur les petits producteurs et la population urbaine pauvre (agriculture
urbaine, liens directs entre consommateurs urbains et producteurs ruraux), l’on
pourra créer des capacités plus synergiques et complémentaires.
Les investissements dans
le développement équitable (alphabétisation, éducation et formation, etc.) qui contribuent
à réduire les inégalités ethniques, sexuelles et autres, favoriseraient la
réalisation des objectifs de développement. Pour mesurer le rendement des
investissements, il convient de définir des indices, qui donnent plus
d’informations que le PIB, et qui tiennent compte des avantages du point de vue
de l’environnement et de l’équité. On accroit la responsabilité en recourant aux
indices d’inégalité pour sélectionner les investissements en AKST et suivre les
résultats. Le coefficient de Gini pourrait par exemple être utilisé comme
critère public d’évaluation des politiques, parallèlement aux mesures plus
traditionnelles de la croissance, de l’inflation et de la qualité de
l’environnement.
Investissements
Pour réaliser les objectifs de développement et de
durabilité, il faudra mobiliser des fonds supplémentaires et diversifier les
mécanismes de financement de la recherche-développement agricole et des
systèmes connexes de gestion des connaissances, notamment par les moyens
suivants :
·
Investissements publics dans les biens publics mondiaux,
régionaux, nationaux et locaux, la sécurité et l’innocuité des aliments, les
changements climatiques et le développement durable. Pour promouvoir une utilisation plus
rationnelle des ressources foncières, hydriques et biologiques qui ne cessent
de s’appauvrir, il faut investir dans la recherche-développement sur les
capacités juridiques et de gestion.
·
Investissements
publics dans les domaines suivants : systèmes de gestion des connaissances
agricoles pour promouvoir les réseaux d’échange de connaissances (entre
agriculteurs, scientifiques, entreprises et autres intervenants dans le domaine
de l’amélioration des connaissances) ; amélioration de l’accès aux
technologies de l’information et de la communication ; sciences
écologiques, science évolutionniste, science de l’alimentation et de la
nutrition, sciences sociales et étude des systèmes complexes ; interdisciplinarité ;
capacité de l’agronomie fondamentale ; et amélioration des possibilités
d’éducation continue dans le système alimentaire.
·
Partenariats public-privé visant à améliorer la
commercialisation des sciences et techniques appliquées et à cofinancer la
recherche-développement lorsque les risques de marché sont importants et qu’il
existe de vastes possibilités d’utilisation des connaissances.
·
Mesures incitatives et récompenses appropriées pour
promouvoir l’investissement par le secteur privé et la société civile dans les
AKST qui contribue à la réalisation des objectifs de développement et de
durabilité.
Dans de nombreux pays en développement, il faudra
peut-être compléter ces interventions par des investissements plus ciblés dans
les infrastructures, l’éducation et la santé en milieu rural.
Face aux nouveaux enjeux mondiaux, il importe au
plus haut point de renforcer et réorganiser les réseaux scientifiques et
empiriques internationaux indépendants, voire même en créer de nouveaux réseaux,
pour aborder des questions telles que les prévisions météorologiques pour la
production agricole, les risques que posent les nouvelles maladies pour la
santé humaine, la réorganisation des moyens de subsistance face à l’évolution
des systèmes agricoles (migration des population), la sécurité alimentaire et
les ressources forestières mondiales.
Thèmes
Le rapport de synthèse examine huit thèmes liés aux AKST qui
revêtent une importance critique pour la réalisation des objectifs de
l’IAASTD : bioénergie, biotechnologie, changements climatiques, santé
humaine ; gestion des ressources naturelles ; échanges commerciaux et
marchés ; savoirs traditionnels et locaux et innovation à base
communautaire ; et femmes dans l’agriculture.
Bioénergie
La bioénergie suscite un vif intérêt du public en raison du renchérissement
des combustibles fossiles, des problèmes de sécurité énergétique et de la
sensibilisation croissante aux changements climatiques, mais aussi à cause de
ses effets potentiellement positifs sur le développement économique. La bioénergie
comprend la bioénergie au sens classique du terme, la biomasse utilisée pour la
production d’électricité, l’éclairage et le chauffage, et les biocombustibles
liquides de première et deuxième génération. Les aspects économiques de la bioénergie
et ses externalités sociales et environnementales, tant positives que
négatives, dépendent de la source de biomasse, du type de technologie de
conversion et des circonstances locales.
Faute d’options financièrement abordables, des millions de personnes dans
les pays en développement ont recours à la bioénergie traditionnelle (comme le
bois de chauffe) pour la préparation des repas et le chauffage, notamment en
Afrique subsaharienne et en Asie du Sud. Une telle dépendance à l’égard de la bioénergie
traditionnelle peut poser d’énormes problèmes économiques et sociaux, mais
aussi pour l’environnement et la santé. Il importe de redoubler d’efforts pour
améliorer la bioénergie traditionnelle et accélérer le passage à des formes
d’énergie plus viables.
Les biocombustibles de première génération sont essentiellement le bioéthanol
et le biodiesel tirés de cultures telles
que le maïs et la canne à sucre. Leur production a rapidement augmenté au cours
des dernières années, mais cela tient principalement au soutien dont ils
bénéficient car ils ne sont rentables que dans des conditions particulièrement
favorables. La conversion de certaines cultures en combustibles peut accroître
les prix des aliments et réduire notre capacité à combattre la faim. Les effets
sociaux négatifs induits risquent d’être exacerbés si les petits exploitants
sont marginalisés ou privés de leurs terres. Du point de vue de
l’environnement, le bilan énergétique net et les niveaux d’émission de gaz à
effet de serre sont très variables et vivement discutés car sujets à de fortes
incertitudes. À long terme, les répercussions sur les prix alimentaires
pourraient s’atténuer, mais du fait des besoins en terres et en eau qu’elle
engendre, il est à prévoir que l’augmentation à grande échelle de la production
de biocombustibles de première génération aura des effets nuisibles sur
l’environnement dont il faudra tenir compte.
La production
de biocarburants de deuxième génération tels que l’éthanol cellulosique et les
technologies de conversion de la biomasse en liquides permettent de transformer
des produits de base plus abondants et meilleur marché que les biocarburants de
première génération. Cela pourrait réduire la superficie des terres agricoles
nécessaires par unité d’énergie produite ainsi que les émissions de gaz à effet
de serre sur l’ensemble du cycle de vie, permettant ainsi d’atténuer les
pressions sur l’environnement par rapport aux biocarburants de première
génération. Mais les technologies de production de biocarburants de deuxième
génération n’ont pas encore été éprouvées commercialement et leurs effets
environnementaux et sociaux demeurent incertains. Par exemple, l’utilisation de
produits de base et de résidus agricoles peut compromettre la conservation de la
matière organique nécessaire à la survie des agroécosystèmes.
L’électricité et la chaleur produites à partir de
la biomasse sont des formes importantes d’énergie renouvelable qui ont
généralement un meilleur rendement et émettent moins de gaz à effet de serre
que les biocarburants liquides et les combustibles fossiles. Les digesteurs, les
gazogènes et les appareils de combustion directe peuvent être utilisés avec
succès dans certains cas, comme par exemple dans les zones non reliées au
réseau. Ces applications pourraient être étendues à plus grande échelle mais l’on
a alors besoin d’AKST pour réduire les coûts et améliorer la fiabilité des
opérations. Pour toutes les formes de bioénergie, les décideurs doivent
soigneusement évaluer tous les coûts sociaux, environnementaux et économiques
par rapport aux avantages potentiels et aux autres options énergétiques
viables.
Biotechnologie[4]
La
définition de la biotechnologie utilisée dans l’IAATSD est fondée sur celles de
la Convention sur la Diversité biologique et du Protocole de Carthagène sur la
Biosécurité. Il s’agit d’un terme générique qui englobe la manipulation
d’organismes vivants et couvre un large éventail d’activités, des techniques
conventionnelles de fermentation et de sélection des plantes et des animaux aux
récentes innovations en matière de culture tissulaire, d’irradiation, de
génomique et d’amélioration génétique (MAB) et de sélection à l’aide de
marqueurs moléculaires (MAS) pour améliorer la reproduction naturelle.
Certaines des biotechnologies les plus récentes, appelées
« biotechnologies modernes », utilisent l’ADN ou l’ARN modifié in vitro et la fusion cellulaire de
différentes familles taxonomiques, des techniques qui surmontent les barrières
physiologiques de régénération naturelle ou de recombinaison génétique. La
question la plus controversée aujourd’hui concerne le recours aux techniques de
recombinaison de l’ADN pour produire des transgènes qui sont insérés dans les
génomes. Des applications encore plus récentes de la biotechnologie moderne
permettent de manipuler du matériel génétique sans modifier l’ADN.
La biotechnologie
a toujours été à l’avant-garde du changement. Vu la rapidité et l’ampleur du
changement, il y a un manque significatifs de transparence dans la
communication entre les différents acteurs. C’est pourquoi l’évaluation de la
biotechnologie moderne n’a pas suivi le rythme des progrès ; les
informations sont souvent fragmentaires et contradictoires, les avantages et
les inconvénients sont mal connus. Les avis divergent sur les risques et les bienfaits
de la biotechnologie moderne pour l’environnement, la santé humaine et
l’économie, et ces risques restent pour la plupart à déterminer.
Les
biotechnologies classiques, telles que les techniques de sélection, la culture
tissulaire, les pratiques culturales et la fermentation sont largement
acceptées et utilisées. Entre 1950 et
1980, avant le développement des OGM, le rendement des variétés modernes de blé
avait augmenté de près de 33 %, même en l’absence d’engrais. Les
biotechnologies modernes utilisées en confinement ont été largement
adoptées ; par exemple, le marché des enzymes industriels se chiffrait à 1,5
milliard de dollars en 2000.
L’application des biotechnologies modernes en dehors des confinements,
notamment l’utilisation des plantes génétiquement modifiées, est beaucoup plus
controversée. Par exemple, les données recueillies pour certaines années et
certaines plantes génétiquement modifiées indiquent des gains de rendement allant
de 10 % à 33 % dans certaines régions et des baisses de rendement dans
d’autres régions.
Les
moteurs plus puissants de la recherche-développement dans la biotechnologie,
tels que les cadres relatifs aux droits de propriété intellectuelle,
déterminent quels produits seront mis sur le marché. Bien que cela attire
l’investissement dans l’agriculture, cela peut également concentrer les
ressources agricoles entre les mains d’un petit groupe. Le fait de se
concentrer sur la biotechnologie moderne, sans fournir un soutien adéquat à
d’autres recherches agricoles, peut se traduire par une modification des
programmes d’enseignement et de formation et une réduction du nombre de
spécialistes dans d’autres sciences agricoles fondamentales. Cette situation
risque de se perpétuer, puisque ce sont les étudiants d’aujourd’hui qui définiront
les cadres d’éducation et de formation de demain.
L’utilisation des brevets relatifs aux transgènes pose
d’autres problèmes. Dans les pays en développement en particulier, des
instruments tels que les brevets peuvent accroître les coûts et réduire les
activités d’expérimentation des agriculteurs ou des chercheurs du secteur
public, tout en risquant par la même occasion de décourager les pratiques
locales qui améliorent la sécurité alimentaire et la viabilité économique. On
craint en particulier que les instruments en place relatifs aux droits de
propriété intellectuelle n’entravent à terme la conservation des semences ainsi
que l’échange, la vente et l’accès aux matériaux brevetés dont les chercheurs
indépendants ont besoin pour effectuer leurs analyses et expériences sur les impacts.
Les agriculteurs sont soumis à de nouvelles obligations : les producteurs
de plantes génétiquement modifiées risquent d’être tenus responsables de la
présence de plantes adventices si les producteurs de plantes biologiques dans
leur voisinage se voient privés de leurs droits de commercialisation et de leurs
revenus, et les producteurs traditionnels pourraient être tenus de dédommager
les producteurs de semences génétiquement modifiées si des transgènes sont
détectés dans leurs cultures.
Une
solution au problème de la recherche-développement en biotechnologie serait
d’investir dans des priorités locales définies suivant une démarche
participative et transparente, et de privilégier les solutions
multifonctionnelles aux problèmes locaux. Une telle démarche requiert de
nouveaux types de soutien pour encourager le public à participer activement à
l’évaluation des effets de la biotechnologie moderne sur les plans technique,
social, politique, culturel, juridique, sexospécifique, environnemental et
économique. Les biotechnologies devraient servir à préserver les compétences et
le matériel génétique locaux, de sorte que les collectivités locales puissent
poursuivre leurs recherches. Ces travaux de recherche-développement mettraient
l’accent sur les projets participatifs de sélection végétale et sur l’agroécologie.
Changements
climatiques
Alors que la demande de
produits alimentaires, de fourrages, de fibres et de combustibles ne cesse
d’augmenter, les changements climatiques risquent de dégrader irrémédiablement
le stock de ressources naturelles dont dépend l’agriculture. La relation entre changements climatiques et
agriculture est à double sens : l’agriculture contribue à maints égards aux
changements climatiques, et les changements climatiques ont généralement des répercussions négatives sur
l’agriculture.
Aux latitudes moyennes à élevées,
un accroissement modéré des températures locales peut avoir un léger effet
favorable sur les rendements agricoles ; aux latitudes faibles, l’effet est
le plus souvent négatif. Certains effets négatifs se font déjà sentir dans de
nombreuses régions du monde ; la poursuite du réchauffement planétaire
aura des répercussions de plus en plus lourdes dans toutes les régions. Le
manque d’eau et la répartition de la pluviométrie dans le temps créeront des
contraintes de production grandissantes. Les changements climatiques imposeront
un réexamen de la question du stockage de l’eau pour faire face aux effets de
régimes de précipitations de plus en plus extrêmes, des variations intra et
inter-saisonnières grandissantes et de l’accroissement des taux
d’évapotranspiration dans tous les types d’écosystèmes. Les phénomènes
météorologiques extrêmes (inondations et sécheresses) se multiplient et leur
fréquence et leur gravité risquent d’augmenter, ce qui aura des conséquences
graves pour la production alimentaire et forestière et la sécurité alimentaire
dans toutes les régions. On peut par exemple s’attendre à des conflits au sujet
des terres habitables et des ressources naturelles comme l’eau douce. Les
changements climatiques ont un impact sur la répartition des plantes, des
espèces envahissantes, des ennemis des cultures et des vecteurs de maladies, et
la couverture géographique et l’incidence de nombreuses maladies touchant les
êtres humains, les animaux et les plantes risquent d’augmenter.
Il convient de suivre une
approche globale et de définir un cadre réglementaire équitable, des
responsabilités différenciées et des objectifs intermédiaires pour réduire les
émissions de gaz à effet de serre. Plus les émissions seront réduites
rapidement et radicalement, plus les concentrations pourront être stabilisées
rapidement. Les mesures de réduction des émissions sont d’une importance
critique car elles peuvent avoir un impact du fait de l’inertie du système
climatique. Cependant, comme les changements climatiques se poursuivront
inévitablement, il est également impératif de prendre des mesures d’adaptation.
Les actions menées pour faire face aux changements climatiques et promouvoir le
développement durable doivent également répondre à des objectifs importants
tels que l’accès aux ressources et aux technologies appropriées dans des
conditions d’équité.
Certaines options
d’atténuation des effets avantageuses pour tous ont déjà été identifiées.
Citons par exemple des méthodes d’utilisation des sols telles que le
ralentissement de la mise en culture des habitats naturels, le boisement,
le reboisement, des efforts accrus pour éviter la déforestation, l’agroforesterie,
les systèmes agroécologiques ainsi que la régénération des sols et des zones de
parcours sous-utilisés ou dégradés, et des options d’utilisation du sol telles
que la séquestration du carbone dans les sols agricoles, la réduction et
l’utilisation plus rationnelle des intrants azotés ; la gestion
rationnelle du fumier et l’utilisation d’aliments du bétail qui améliorent la
digestion. S’agissant de la réglementation et des possibilités d’investir, on
pourrait offrir des incitations financières pour préserver et accroître la
superficie des zones forestières en réduisant le déboisement et la dégradation
des forêts et en améliorant leur gestion, et développer et exploiter les
sources d’énergie renouvelables. Le système post-2012 doit inclure toutes les
activités agricoles, telles que la réduction des émissions liées au déboisement
et à la dégradation des sols, pour tirer pleinement parti des possibilités
offertes par l’agriculture et la foresterie.
Santé humaine
Malgré les liens évidents
et complexes qui existent entre la santé, la nutrition, l’agriculture et les
AKST, l’amélioration de la santé humaine n’est généralement pas un objectif
explicite de la politique agricole. L’agriculture et les AKST peuvent avoir des
répercussions sur la dénutrition, les maladies chroniques, les maladies
infectieuses, la sécurité alimentaire, la salubrité de l’environnement et la
santé au travail. Les problèmes de santé dans la communauté agricole peuvent à
leur tour réduire la productivité agricole et la capacité de créer et diffuser des
AKST appropriées. La mauvaise santé peut être une conséquence de la dénutrition,
mais aussi de la suralimentation. En dépit de l’accroissement de la production
alimentaire mondiale au cours des dernières décennies, la dénutrition demeure
un grave problème de santé publique puisqu’elle cause plus de 15 % des
maladies dans le monde. La carence en protéines et en micronutriments demeure
un problème plus ou moins grave selon les pays et les régions d’un même pays.
On peut améliorer la sécurité alimentaire en mettant en œuvre des politiques et
des programmes tendant à diversifier l’alimentation et en développant et
vulgarisant les méthodes actuelles de production, de transformation, de
conservation et de distribution des aliments, ainsi que les nouvelles
techniques.
Les politiques et les
pratiques en matière d’AKST ont permis d’accroître la production et de créer de
nouveaux mécanismes pour l’industrie alimentaire. La baisse de la qualité et le
manque de variété des aliments consommés, à quoi s’ajoute leur faible valeur
nutritive, ont été associés à l’accroissement du nombre de cas d’obésité et de
maladies chroniques à l’échelle mondiale. Une mauvaise alimentation tout au
long de la vie augmente sensiblement la vulnérabilité aux maladies chroniques, qui
sont le principal facteur de mortalité dans le monde. Il est impératif de
centrer les efforts sur le consommateur et sur l’importance de la qualité des
aliments consommés en tant que facteurs déterminants de la production, au lieu
de tenir uniquement compte des considérations de prix et de quantité. Au nombre
des stratégies possibles figurent les politiques budgétaires (fiscalité,
régimes commerciaux) qui encouragent une alimentation saine et la
réglementation de la formulation et l’étiquetage des produits alimentaires,
ainsi l’information commerciale.
La mondialisation de l’approvisionnement alimentaire,
la concentration des entreprises de distribution et de transformation des
produits alimentaires et la sensibilisation grandissante des consommateurs accroissent
la nécessité de mettre en place des systèmes nationaux de sécurité alimentaire
efficaces, dynamiques et coordonnés. Les AKST pourraient aider à s’attaquer à
des questions de santé telles que la présence de résidus de pesticides, de
métaux lourds, d’hormones, d’antibiotiques et de divers additifs dans le
système alimentaire et, indirectement, dans l’élevage à grande échelle.
Il est
impératif de renforcer les mesures d’hygiène alimentaire sur le marché
intérieur et à l’exportation, même si la facture risque d’être lourde. Certains
pays auront peut-être besoin d’une aide extérieure pour faire face aux coûts de
surveillance et d’inspection des produits alimentaires et ceux associés au
retrait des produits contaminés du marché. En abordant la question sous l’angle
intégré et vaste des agroécosystèmes et de la santé humaine, on pourrait plus
facilement identifier les risques pour la santé humaine, animale et végétale et
prendre des mesures appropriées en matière d’AKST.
À
l’échelle mondiale, 170 000 décès en cours de travail, soit la moitié des
accidents mortels, interviennent chaque année dans le secteur agricole. Le
matériel et l’outillage, dont les tracteurs et les moissonneuses, causent le
plus grand nombre de blessures et de décès, en particulier parmi les ouvriers
agricoles. Parmi les autres risques majeurs pour la santé, on peut citer
l’empoisonnement par les substances agrochimiques, les zoonoses, les produits
toxiques ou allergènes, et le bruit, les vibrations et les risques
ergonomiques. Pour améliorer la santé au
travail, il faut s’employer davantage à protéger la santé en formulant des
règles d’hygiène et de sécurité et en veillant à leur application. Les
politiques adoptées devraient faire des arbitrages explicites entre les
avantages en termes de moyens de subsistance et les risques sur le plan de
l’hygiène du milieu et du travail, ainsi que la santé publique.
L’intensification
des systèmes de culture et d’élevage influe sur l’incidence et la répartition
géographique de nombreuses maladies infectieuses. Lorsque les maladies se
propagent dans l’ensemble de la population humaine ou animale, ou qu’elles sont
transmises à l’homme par les animaux, les effets socioéconomiques peuvent être
graves. La plupart des facteurs de morbidité ne vont pas disparaître et
risquent même de s’intensifier. L’intégration des politiques et des programmes
tout au long de la chaîne alimentaire peut aider à freiner la propagation des
maladies infectieuses ; il est essentiel de mettre sur pied des programmes
robustes de détection, de surveillance, de contrôle et d’intervention.
Gestion
des ressources naturelles[5]
Les
ressources naturelles, notamment celles qui contribuent à la diversité des ressources pédologiques,
hydriques, végétales et animales, le couvert végétal, les sources d’énergie
renouvelables, le climat et les services écosystémiques, sont d’une importance
fondamentale pour la structure et la fonction des systèmes agricoles et pour la
viabilité sociale et environnementale, car elles aident à maintenir la vie sur
terre. Dans le passé, le développement agricole mondial a été principalement centré
sur les gains de productivité au lieu d’intégrer la gestion des ressources
naturelles à la sécurité alimentaire et nutritionnelle. Il est préférable de
suivre une approche holistique ou systémique, de manière à tenir compte des difficultés
associées à la complexité des systèmes de production alimentaire et d’autres
systèmes de production dans différentes zones écologiques, régions et cultures.
Souvent,
il existe des AKST pour résoudre les problèmes d’exploitation des ressources
naturelles, telles que l’atténuation du problème d’infertilité des sols par des
processus naturels et des intrants synthétiques, qui sont bien comprises. Cela
étant, les problèmes des ressources naturelles ne pourront être réglés que si les
parties prenantes ayant une formation, des compétences et des priorités
différentes adoptent des approches nouvelles et ingénieuses. On ne tire pas
assez parti des possibilités de collaboration à différents niveaux et dans différents
contextes sociaux et environnementaux. Il existe peu d’exemples d’apprentissage
mutuel entre agriculteurs, et chercheurs ou décideurs. Les agriculteurs et les
membres de la société civile ont donc rarement l’occasion de participer à
l’élaboration des politiques de gestion des ressources naturelles. Les
partenariats qui viennent d’être mis en place au niveau local avec le secteur
privé, représentent une option prometteuse.
Les mesures
suivantes sont proposées comme des priorités en matière de gestion des
ressources naturelles :
Ø
Utiliser les
AKST existantes pour s’attaquer aux causes sous-jacentes de la baisse de la productivité
liée à la mauvaise gestion des ressources naturelles, et créer de nouvelles
AKST sur la base d’approches multidisciplinaires afin de mieux cerner la
complexité de la gestion des ressources naturelles. Il faudra pour cela trouver des moyens
économiques pour suivre les tendances d’utilisation des ressources naturelles.
Ø
Accroître les
ressources humaines pour soutenir le capital naturel en investissant davantage
dans la recherche, la formation et l’éducation, les partenariats et la
formulation de politiques, et attirer l’attention sur les coûts sociaux de la
dégradation et la valeur des services écosystémiques.
Ø
Promouvoir
les centres d’excellence sur les AKST au service de la gestion des ressources
naturelles pour encourager une exploitation plus rationnelle des ressources et
formuler de meilleures stratégies d’amélioration des capacités de régénération,
de préservation et de renouvellement des ressources dans le cadre de processus
d’apprentissage mutuelle dans les domaines de la recherche-développement, du
suivi et de l’élaboration de politiques.
Ø
Créer les
conditions nécessaires pour renforcer les capacités de gestion des ressources
naturelles et permettre aux parties prenantes et à leurs organisations de mieux comprendre en quoi
consiste la gestion des ressources naturelles, de façon à formuler une
politique de gestion en partenariat avec les secteurs public et privé.
Ø
Créer des
réseaux de professionnels des AKST (organisations paysannes, ONG, gouvernements,
secteur privé) pour faciliter la gestion efficace à long terme des ressources
naturelles de manière à en tirer meilleur parti pour le bien de tous.
Ø
Concilier mondialisation et localisation en établissant un lien entre les
connaissances et les innovations locales en matière de gestion des ressources
naturelles et les AKST générées dans les secteurs public et privé.
Lorsque
les AKST sont conçues et utilisées de manière créative avec la participation active
de multiples intervenants à différents niveaux, il est possible de mettre fin à
la surexploitation des ressources naturelles et de tirer parti des ressources
hydriques et pédologiques, de la diversité biologique, des services
écosystémiques, des combustibles fossiles et de la qualité de l’air, en les
préservant pour les générations futures.
Commerce et marchés
S’agissant des échanges commerciaux et
des marchés, un défi immédiat à l’échelle mondiale consiste à formuler des
politiques qui renforcent la capacité de l’agriculture et des AKST à promouvoir
le développement, améliorer la sécurité alimentaire, maximiser la viabilité de
l’environnement et assurer la rentabilité des petites exploitations de façon à
faire reculer la pauvreté.
Le
commerce agricole peut créer des opportunités pour les pauvres, mais les mécanismes
existants ont des effets distributionnels majeurs à l’intérieur et entre pays
qui sont, dans bien des cas, défavorables aux petits exploitants et au maintien
du niveau de vie des populations rurales. Il convient donc de différencier les
cadres politiques et les dispositifs institutionnels pour que ces pays puissent
tirer parti du commerce agricole. Il y a tout lieu de craindre que l’ouverture
des marchés agricoles nationaux à la concurrence internationale avant la mise
en place des institutions et des infrastructures nécessaires n’affaiblisse le
secteur agricole, ce qui aurait des effets néfastes et durables sur la
pauvreté, la sécurité alimentaire et l’environnement.[6]
En
créant un système d’échanges mondiaux plus équitable, la réforme des politiques
commerciales pourrait contribuer à la réalisation des objectifs de
développement et de durabilité. Le traitement spécial et différencié qui leur
est accordé dans le cadre des négociations commerciales peut renforcer la
capacité des pays en développement à poursuivre leurs objectifs de sécurité
alimentaire et de développement tout en minimisant les effets de distorsion sur
le commerce. En adoptant des politiques nationales souples, les pays en
développement peuvent concilier les besoins des consommateurs pauvres (citadins
et paysans sans terres) et ceux des petits exploitants. Il est essentiel
d’accroître la plus-value réalisée par les petits exploitants sur les marchés
mondiaux, régionaux et locaux pour atteindre les objectifs de développement et
de durabilité. Des politiques commerciales propices peuvent également mettre
les nouvelles AKST à la disposition des petits exploitants et des entreprises
agroindustrielles.
Les pays en développement auraient tout
à gagner de l’élimination des barrières à l’entrée des produits pour lesquels
ils ont un avantage comparatif, de la réduction des droits de douane
progressifs imposés par les pays industrialisés et en développement sur les
produits de base, d’un accès préférentiel plus marqué pour les pays les moins
avancés, d’un accroissement de l’investissement public dans les infrastructures
rurales et de la création d’AKST au service de tous, et de l’amélioration de
l’accès des producteurs pauvres au crédit, aux ressources des AKST et aux
marchés. Il est indispensable de compenser la perte de revenu consécutive à la
réduction des droits de douane pour progresser vers la réalisation des
objectifs de développement.[7]
L’agriculture génère des coûts écologiques
importants, qui sont liés en grande partie à l’incapacité des marchés de
chiffrer les effets sociaux et environnementaux négatifs et d’offrir des
incitations pour assurer la durabilité de l’environnement. Les AKST peuvent
aider à inverser cette tendance. Au nombre des politiques commerciales et de
marché susceptibles d’accroître la contribution des AKST à la réduction de
l’impact de l’agriculture sur l’environnement, on peut citer la suppression des
subventions qui encouragent une utilisation non rationnelle des ressources, la
taxation des coût externes, une meilleure définition des droits de propriété et
la création d’un système de récompense et de marchés pour les services
agroécologiques, y compris par l’octroi de financements pour la réduction des
émissions de carbone, afin de promouvoir une agriculture viable.
La
qualité et la transparence de la gouvernance dans le secteur agricole, y
compris la participation accrue des acteurs aux décisions relatives aux AKST,
sont primordiales. Pour améliorer la gouvernance, il importe que les pays en
développement renforcent leurs capacités d’analyse et de négociation
commerciales, et qu’ils se dotent des moyens nécessaires pour évaluer les
options dans les accords commerciaux envisagés.
Connaissances traditionnelles et locales et
innovation à base communautaire
Lorsque
les AKST sont appliquées pour améliorer à la fois la production,
la rentabilité, les services écosystémiques et les systèmes alimentaires locaux,
il convient d’associer les connaissances officielles, traditionnelles et
locales. Les connaissances traditionnelles et locales sont un vaste ensemble
de connaissances pratiques et de capacités de création de savoirs qui sont
nécessaires pour réaliser les objectifs de développement et de durabilité. Aux
fins de la Convention des Nations unies
sur la Diversité biologique, les connaissances, innovations et pratiques
traditionnelles des communautés autochtones et locales incarnent des modes de
vie présentant un intérêt pour la conservation et l’utilisation durable de la
diversité biologique ; pour d’autres, elles sont créées par l’interaction
délibérée des mondes matériels et immatériels ancrés dans les cultures et les
identités locales. Les connaissances locales s’entendent des capacités et
activités des populations rurales à travers le monde.
Les connaissances traditionnelles et locales sont dynamiques
; même si on n’en tire pas toujours le meilleur parti possible, leurs nombreuses incidences positives ne sont
plus à démontrer. L’expérience montre que lorsque le savoir, le développement
technologique et l’innovation sont le fruit d’une collaboration, la valeur du
développement technologique fondé sur la recherche s’accroît. C’est par exemple
le cas chez les groupes d’exploitants et de chercheurs des Andes, de la
phytogénétique participative, de la domestication des espèces ligneuses
sauvages et semi-sauvages, et de la gestion des sols et de l’eau.
Parmi les lignes d’action dont la contribution à la
réalisation des objectifs de développement durable a été démontrée figurent la
collaboration pour la conservation, le développement et l’utilisation du
matériel biologique local et traditionnel ; les incitations mises en place pour
encourager les chercheurs et les instituts de recherche à collaborer avec les
populations locales et autochtones et leurs organisations, et le renforcement
de leurs capacités dans ce domaine ; et la promotion des connaissances
autochtones et locales dans l’enseignement scientifique, en faisant une plus
grande place au recensement et à l’évaluation des connaissances et pratiques locales
par des spécialistes. Les technologies de l’information et de la communication
ont un rôle critique à jouer pour promouvoir une réelle collaboration et une
intégration culturellement acceptable, et méritent à ce titre des
investissements et un soutien plus importants. Un moyen de renforcer la
collaboration et l’intégration serait d’établir un régime international de
propriété intellectuelle et d’autres dispositifs qui accordent une plus grande
marge de manœuvre pour gérer efficacement les situations qui impliquent les
connaissances traditionnelles, les ressources génétiques et les innovations
locales. Les cas d’utilisation frauduleuse des connaissances des populations locales
et autochtones et des innovations locales soulignent la nécessité de mettre en
commun les informations disponibles sur les cadres sui generis et les réglementations nationales.
Femmes
dans l’agriculture
La structure sociale des relations entre les sexes est un élément constitutif
des systèmes agricoles existants à travers le monde et un facteur déterminant
de la restructuration en cours du secteur agricole. Les tendances actuelles de libéralisation
des marchés agricoles et la réorganisation des tâches agricoles, à quoi
s’ajoute l’attention grandissante portée à la viabilité de l’environnement,
redéfinissent les liens entre parité des sexes et développement. La proportion
de femmes dans la production agricole et les activités après récolte varie
entre 20 et 70 % ; leur
participation augmente dans de nombreux pays en développement, à la faveur notamment
du développement de l’agriculture irriguée axée sur l’exportation, qui crée une
demande grandissante de main-d’œuvre féminine, y compris de travailleuses
migrantes.
Bien
que cette dynamique ait produit des effets bénéfiques, la situation de la
majorité des femmes rurales du monde entier continue de se détériorer :
dégradation de leur état de santé et de leurs conditions de travail, accès
limité à l’éducation et faible contrôle des ressources naturelles, précarité de
l’emploi et faibles revenus. Cette situation tient à différents facteurs,
notamment la compétitivité grandissante des marchés agricoles qui accroît la
demande d’une main d’œuvre flexible et bon marché, la concurrence grandissante
dont les ressources naturelles sont l’enjeu, la réduction de l’aide de l’État
aux petits exploitants et la redistribution des ressources économiques au
profit des grandes agro-industries, à quoi s’ajoutent une plus grande
vulnérabilité aux catastrophes naturelles et aux changements environnementaux, les
difficultés grandissantes d’accès à l’eau et l’aggravation des risques
professionnels et sanitaires.
Malgré les progrès réalisés dans les politiques nationales et internationales
depuis la première conférence mondiale sur les femmes de 1975, il faudrait
prendre en urgence des mesures pour promouvoir l’égalité des sexes et l’équité
sociale dans les politiques et pratiques relatives aux AKST, si nous voulons
résoudre les questions d’égalité entre hommes et femmes dans le cadre des
processus de développement. Ces mesures comprennent le renforcement de la
capacité des institutions publiques et des ONG à mieux faire connaitre les
diverses formes d’implication des femmes dans les activités agricoles et rurales,
dans le cadre des AKST. Il s’agit aussi d’accorder la priorité à l’amélioration
de l’accès des femmes à l’éducation, l’information, la science et la technologie,
ainsi qu’aux services de vulgarisation, pour améliorer la maîtrise et le
contrôle des ressources économiques et naturelles par les femmes, ainsi que
leur accès à ces ressources. Pour ce faire, il est nécessaire de prendre des mesures
juridiques relatives à ce type d’accès, de propriété et de contrôle, de mettre
en place des programmes de crédit appropriés, d’appuyer les activités
génératrices de revenu et de renforcer les organisation et réseaux féminins. Tout
cela passe par le renforcement des capacités des femmes à tirer parti des débouchés
commerciaux par des institutions et des politiques qui accordent explicitement
la priorité aux groupes d’agricultrices dans les chaînes de valeur.
Un
certain nombre d’autres réformes renforcement la contribution des femmes à la
production agricole et la viabilité de l’agriculture. Il s’agit notamment
d’appuyer les services et investissements publics dans les zones rurales pour
améliorer les conditions de vie et de travail des femmes ; de donner la
priorité aux politiques de développement
technologique qui répondent aux besoins des femmes rurales et paysannes et
reconnaissent leurs connaissances, compétences et expériences dans la production
alimentaire et la préservation de la diversité biologique ; et d’évaluer les
effets néfastes et les risques que font courir des pratiques et techniques
agricoles, notamment des pesticides, sur la santé des femmes, et de prendre des
mesures pour réduire leur utilisation et les risques qui s’y rapportent. Enfin,
si nous voulons reconnaitre davantage les femmes comme faisant partie
intégrante du développement durable, il est essentiel d’assurer une participation
équitable des deux sexes aux processus décisionnels à tous les niveaux, et de créer
des mécanismes permettant de tenir les organisations des AKST comptables des
progrès accomplis dans les domaines susmentionnés.
Annexes
Réserves sur le
rapport tout entier
Australie : L’Australie salue
l’initiative et les rapports de l’IAASTD qu’elle considère comme un exercice
multilatéral et pluridisciplinaire opportun et important pour évaluer et renforcer
le rôle des AKST dans la résolution des problèmes internationaux de
développement. Toutefois, les observations et points de vue présentés sont si
diversifiés que l’Australie ne peut accepter toutes les affirmations et options
incluses dans le rapport. Elle considère par conséquent ce rapport comme une
contribution utile qui sera prise en compte au moment de déterminer les futures
priorités et la portée des AKST pour la croissance économique et la réduction
de la faim et la pauvreté.
Canada : Le Gouvernement
canadien se félicite du travail considérable réalisé par les auteurs, le
Secrétariat et les parties prenantes de l’IAASTD, et note que le Résumé analytique
du Rapport de synthèse est une contribution précieuse et importante pour le
débat politique qui doit se poursuivre dans le cadre des processus nationaux et
internationaux. Tout en reconnaissant que des améliorations considérables ont
été rendues possibles dans un esprit de compromis, il reste un certain nombre
d’affirmations et d’observations qui doivent faire l’objet d’une analyse plus
approfondie, équilibrée et objective. Toutefois, le Gouvernement canadien
demande que ce résumé soit porté à l’attention des gouvernements pour être pris
en compte alors qu’ils examinent l’importance des AKST et la contribution
significative qu’elles pourraient avoir pour la croissance économique et la
réduction de la faim et de la pauvreté.
Etats-Unis d’Amérique : les Etats-Unis
s’associent aux autres gouvernements pour reconnaitre l’importance vitale des
AKST pour la réalisation des objectifs de l’IAASTD. Nous saluons les efforts
inlassables des auteurs, des réviseurs, des co-présidents et du Secrétariat.
Nous félicitons l’IAASTD d’avoir réuni pour la première fois autant d’acteurs
venus d’horizons divers dans le cadre d’une initiative d’une telle ampleur.
Nous tenons à manifester notre respect pour la grande diversité des vues
exprimées et la richesse des débats.
Eu égard aux problèmes
spécifiques et de fond que nous relevons dans chacun des rapports, les Etats-Unis
ne peuvent approuver ces derniers sans réserve, et ces réserves ont été notées.
Les Etats-Unis sont
convaincus que l’Evaluation pourrait susciter des discussions et de recherches
plus approfondies. Nous reconnaissons par ailleurs que les rapports constituent
une contribution utile à prendre en compte par les gouvernements alors qu’ils
examinent le rôle des AKST pour la promotion d’une croissance économique
durable et la réduction de la faim et la pauvreté.
Réserves sur des passages particuliers
1.
Le Botswana note que cela constitue particulièrement un
problème en Afrique subsaharienne.
2.
Les USA préféreraient que cette phrase soit reformulée
ainsi qu’il suit : « une évolution graduelle des régimes de droits de
propriété intellectuelle dans les pays où les politiques nationales en la
matière ne sont pas suffisamment développées et un engagement progressif en
faveur de la gestion des droits de propriété intellectuelle. »
3.
Le RU note qu’il n’existe pas de définition
internationale de la souveraineté alimentaire.
4.
La Chine et les USA ne pensent pas que toute cette partie
soit équilibrée et exhaustive.
5.
Les USA préféreraient que la phrase suivante soit intégrée
dans ce paragraphe : bien que l’ouverture des marchés agricoles nationaux
à la concurrence internationale puisse avoir des retombées économiques
positives, en l’absence d’institutions et d’infrastructures de base au niveau
national, elle pourrait avoir des conséquences néfastes à long terme pour la
réduction de la pauvreté, la sécurité alimentaire et l’environnement.
6.
Le Canada et les USA préféreraient la formulation
suivante : « il est nécessaire d’aider les pays à faible revenu
affectés par la libéralisation à s’adapter et profiter de la libéralisation des
échanges pour avancer vers la réalisation des objectifs de
développement. »