Évaluation internationale des connaissances, des sciences
et des technologies agricoles pour le développement (IAASTD)
Résumé général à l’intention des décideurs
Auteurs : Nienke
Beintema (Pays-Bas), Deborah Bossio (USA), Fabrice Dreyfus (France), Maria Fernandez
(Pérou), Ameenah Gurib-Fakim (Maurice), Hans Hurni (Suisse), Anne-Marie Izac
(France), Janice Jiggins (RU), Gordana Kranjac-Berisavljevic (Ghana), Roger
Leakey (RU), Washington Ochola (Kenya), Balgis Osman-Elasha (Soudan), Cristina
Plencovich (Argentine), Niels Roling
(Pays-Bas), Mark Rosegrant (USA), Erika Rosenthal (USA), Linda Smith (RU)
Déclaration
des gouvernements
Tous les pays présents à la dernière assemblée
plénière intergouvernementale tenue à Johannesburg, Afrique du Sud, en avril
2008, se félicitent du travail de l’IAASTD et de la singularité de ce processus
multilatéral et pluridisciplinaire indépendant, tout en reconnaissant la portée
des défis liés à la gestion d’un grand nombre de questions complexes. Les
gouvernements présents reconnaissent que le rapport global et les rapports
régionaux représentent les conclusions d’études menées par des hommes de
sciences, des experts et des spécialistes du développement d’horizons divers.
S’ils affichent un consensus général sur l’importance des connaissances, des
sciences et des technologies agricoles pour le développement, ces rapports
présentent aussi une diversité de points de vue sur certaines des questions
abordées.
Tous les pays considèrent ces rapports comme une
précieuse contribution qui est importante pour notre compréhension des
connaissances, des sciences et des technologies agricoles pour le
développement, tout en reconnaissant la nécessité d’approfondir notre
compréhension des défis qui se profilent à l’horizon. Cette évaluation est une
initiative constructive et une contribution importante dont tous les
gouvernements ont besoin pour aller de l’avant et libérer le potentiel des
connaissances, des sciences et des technologies agricoles pour la réalisation
des objectifs de réduction de la faim et la pauvreté, d’amélioration des moyens
de subsistance en milieu rural et de la santé humaine, et de promotion d’un
développement équitable, socialement, écologiquement et économiquement
rationnel.
Conformément à la déclaration ci-dessus, les
gouvernements suivants ont approuvé le Résumé général à l’intention des
décideurs.
Tout en souscrivant à la déclaration ci-dessus, les gouvernements suivants
n’ont pas entièrement approuvé le Résumé général à l’intention des décideurs,
et leurs réserves sont présentées en annexe.
Australie,
Canada et Etats-Unis d’Amérique (3 pays).
Contexte
En août 2002, la Banque mondiale et l’Organisation
des Nations unies pour l’Alimentation et l’Agriculture (FAO) lançaient un
processus de consultation à l’échelle internationale pour déterminer si une
évaluation internationale des connaissances, des sciences et des technologies
agricoles (AKST) était nécessaire. Cette idée avait germé lors des discussions
tenues à la Banque mondiale avec le secteur privé et des organisations non
gouvernementales (ONG) sur l’état des connaissances scientifiques en matière de
biotechnologie et, plus particulièrement, de transgénèse. En 2003, sous la
supervision d’un comité de pilotage multilatéral international se sont tenues
onze consultations impliquant plus de 800 représentants de toutes les parties concernées, notamment les États, le
secteur privé et la société civile. Sur la base de ces consultations, le comité
de pilotage a recommandé à une assemblée plénière intergouvernementale tenue à
Nairobi en septembre 2004 qu’une évaluation internationale de la contribution
des connaissances, des sciences et des technologies agricoles (AKST) à la
réduction de la faim et la pauvreté, l’amélioration des moyens de subsistance
en milieu rural et la promotion d’un développement écologiquement, socialement
et économiquement rationnel était nécessaire. Le concept d’une Évaluation
internationale des connaissances, des sciences et des technologies agricoles
pour le développement (IASSTD) a été accepté sous la forme d’un processus
intergouvernemental pluridisciplinaire, pluridimensionnel et pluritemporel avec
un bureau composé de plusieurs parties prenantes cofinancé par l’Organisation
des Nations unies pour l’Alimentation et l’Agriculture (FAO), le Fonds pour l’Environnement
mondial (FEM), le Programme des Nations unies pour le Développement (PNUD), le
Programme des Nations unies pour l’Environnement (PNUE), l’Organisation des
Nations unies pour l’Education, la Science et la Culture (UNESCO), la Banque
mondiale et l’Organisation mondiale de la Santé (OMS).
La structure de gouvernance de l’IAASTD est un
hybride singulier du Groupe d’Experts intergouvernemental sur l’Evolution du Climat
(GIEC) et de l’organisation non gouvernementale Millenium Ecosystem Assessment
(MA). La composition multilatérale du bureau a été approuvée à la Plénière
intergouvernementale de Nairobi ; l’équilibre géographique a été respecté
et le bureau est composé de représentants de 30 États et de 30 représentants de
la société civile (ONG, associations de paysans et de consommateurs, entités
privées et organisations internationales) pour assurer l’appropriation du
processus et de ses résultats par une diversité d’acteurs.
Environ 400 experts internationaux désignés par des
groupes de parties prenantes ont été sélectionnés par le Bureau pour préparer
le rapport de l’IAASTD (comprenant une évaluation globale et 5 évaluations
régionales). Ces experts travaillaient en leur nom propre, ne représentant
aucun groupe d’acteurs. D’autres individus, organisations et États ont été associés
au processus de révision par les pairs.
Les objectifs de développement et de durabilité de
l’IAASTD ont été validés lors de
Ces objectifs doivent être réalisés dans le cadre d’un
monde en mutation rapide caractérisée par l’urbanisation, les inégalités
croissantes, les migrations humaines, la mondialisation, la modification des
habitudes alimentaires, les changements climatiques, la dégradation de
l’environnement, l’inclination vers les biocarburants et la croissance
démographique. Ces facteurs affectent la sécurité alimentaire aux niveaux local
et international, et mettent la capacité de production et les écosystèmes sous
pression. Ainsi, des défis sans précédents s’annoncent pour fournir des
aliments dans le cadre d’un système commercial mondial qui accommode d’autres
usages contradictoires des produits agricoles et autres ressources naturelles. Si
les AKST seules ne peuvent résoudre ces problèmes qui résultent de dynamiques
politiques et sociales complexes, elles peuvent largement contribuer à la
réalisation des objectifs de développement et de durabilité. Jamais auparavant
n’a-t-il été plus important pour le monde entier de produire et d’utiliser des
AKST.
En raison de l’accent mis sur la faim, la pauvreté
et les moyens de subsistance, l’IAASTD accorde une attention particulière à la
situation actuelle, aux problèmes de l’heure et aux opportunités éventuelles de
réorienter le système actuel d’AKST en vue d’améliorer la situation des
populations rurales, en particulier des petits producteurs, des ouvriers
agricoles et d’autres personnes pauvres disposant de ressources limitées. Elle
s’intéresse aux questions essentielles pour l’élaboration des politiques et
fournit des informations aux décideurs confrontés à des choix contradictoires
sur des sujets controversés tels que les conséquences écologiques de
l’augmentation de la productivité, l’impact des cultures transgéniques sur
l’environnement et la santé humaine, les conséquences du développement de la
bioénergie sur l’environnement et la durabilité des écosystèmes et les prix des
aliments, ainsi que les conséquences des changements climatiques sur la
production agricole. Le Bureau a convenu que l’évaluation devait aller au-delà
des limites étroites de la science et la technologie pour prendre en compte
d’autres types de connaissances pertinentes (par exemple les connaissances des
producteurs, des consommateurs et des utilisateurs finaux de produits
agricoles), ainsi que le rôle des institutions, des organisations, de la
gouvernance, des marchés et du commerce.
L’IAASTD est une initiative pluridisciplinaire et
multilatérale qui requiert l’utilisation et l’intégration d’informations,
d’outils et de modèles de diverses sources de connaissances, y compris locales
et traditionnelles. L’IAASTD n’encourage pas des politiques ou des pratiques
spécifiques ; elle étudie les principaux problèmes auxquels les AKST doivent
faire face et propose une diversité d’options pour orienter les actions en vue
de la réalisation des objectifs de développement et de durabilité. Elle étudie
les politiques, mais n’en prescrit pas. Elle utilise des données scientifiques
de divers sujets fondamentalement interdépendants, mais souvent traités
indépendamment, à savoir l’agriculture, la pauvreté, la faim, la santé humaine,
les ressources naturelles, l’environnement, le développement et l’innovation.
Elle permettra aux décideurs de se fonder sur une base de données plus riche
pour prendre des décisions politiques et managériales sur des questions
préalablement considérées isolément. Les résultats d’analyses effectuées d’un
point de vue historique (spécifiquement sur les 50 dernières années) et
d’études de certains scénarios alternatifs de développement à l’horizon 2050,
forment la base de l’évaluation des actions possibles en matière de science et
de technologie, de développement des capacités, d’institutions et de
politiques, et d’investissement.
L’IAASTD est menée comme un processus ouvert,
transparent, représentatif et légitime ; elle est fondée sur des données
probantes ; présente des options plutôt que des recommandations ;
évalue diverses perspectives locales, régionales et internationales ;
présente des points de vue différents, en reconnaissant qu’il peut y avoir plus
d’une interprétation de la même donnée en fonction d’appréciations différentes
du monde ; et identifie les principales incertitudes scientifiques et les
domaines dans lesquels la recherche devrait se focaliser pour progresser vers
la réalisation des objectifs de développement et de durabilité.
L’IAASTD est composée d’une évaluation mondiale et
de cinq évaluations régionales : Asie centrale et de l’Ouest et Afrique du
Nord – CWANA ; Asie de l’Est et du Sud et Pacifique – ESAP ; Amérique
latine et Caraïbes – LAC ; Amérique du Nord et Europe – NAE ; Afrique
subsaharienne – SSA. Elle i) évalue la production, l’accessibilité, la
diffusion et l’utilisation des AKST publiques et privées par rapport aux
objectifs, sur la base de connaissances locales, traditionnelles et
formelles ; ii) analyse les technologies, pratiques, politiques et
institutions disponibles et émergentes et leur impact sur les objectifs ;
iii) fournit des informations aux décideurs de différentes organisations
publiques, privées et de la société civile, sur les mesures à prendre pour
améliorer les politiques, les pratiques, les dispositifs institutionnels et
organisationnels, en vue d’utiliser les AKST pour la réalisation de ces
objectifs ; iv) rassemble une diversité d’acteurs (consommateurs,
gouvernements, organismes internationaux et institutions de recherche, ONG, entités
privées, producteurs, communauté scientifique) du secteur agricole et du
développement rural pour échanger leurs expériences, points de vue,
compréhension et vision pour l’avenir ; et v) identifie des options pour
de futurs investissements publics et privés dans les AKST. Également, l’IAASTD
renforcera les capacités locales et régionales pour concevoir, réaliser et
utiliser des évaluations similaires.
Dans le cadre de cette évaluation, l’agriculture
est utilisée au sens le plus large possible qui comprend la production d’aliments
pour les humains et les animaux, de carburants, de fibres et d’autres produits,
ainsi que toutes les filières, de la production des intrants (à l’instar des
semences et engrais) à la consommation des produits. Toutefois, comme dans
toute évaluation, certains sujets sont couverts de manière moins approfondie
que d’autres (élevage, foresterie, pêche, agriculture dans les petits pays
insulaires et génie rural, etc.), en raison surtout des domaines de compétence des
auteurs sélectionnés. Au départ, le Bureau avait approuvé un chapitre sur les
futurs scénarios plausibles (un exercice de prospective), mais, plus tard, il a
été convenu de supprimer ce chapitre en faveur d’un ensemble plus simple de
projections types. De même, le Bureau a approuvé un chapitre sur le
développement des capacités, mais celui-ci a été abandonné et des messages clés
été intégrés dans d’autres chapitres.
Les projets de rapport de l’IAASTD ont été soumis
deux fois à la revue confraternelle des États, des organisations et des
individus. Ces versions préliminaires ont été mises sur un site web accessible
à tous et ouvert aux observations. Les auteurs ont révisé les versions
préliminaires sur la base des nombreuses observations reçues, avec l’assistance
de réviseurs de textes chargés de veiller à la prise en compte effective et
appropriée de ces observations. L’un des problèmes les plus complexes rencontré
par les auteurs a été la critique sur l’approche hautement négative du rapport.
Dans une étude scientifique basée sur des données empiriques, il est toujours
difficile de gérer à ce type d’observation, étant donné qu’il faudrait définir
des critères pour déterminer si un point est négatif ou positif. Les auteurs
ont aussi eu des difficultés à répondre aux vues contradictoires exprimées par
les réviseurs. Ces divergences d’opinion n’étaient pas surprenantes, au regard des
divers intérêts et perspectives des parties prenantes. Ainsi, l’une des
principales conclusions de l’IAASTD est qu’il y a des interprétations diverses
et contradictoires des évènements passés et actuels, qu’il faut admettre et
accepter.
Le résumé général et les résumés régionaux à
l’intention des décideurs, ainsi que le résumé analytique du rapport de
synthèse, ont tous été approuvés lors d’une Plénière intergouvernementale tenue
en avril 2008. Le rapport de synthèse intègre les principaux résultats de l’évaluation
mondiale et des évaluations régionales, et porte sur huit sujets approuvés par
le Bureau : bioénergie ; biotechnologie ; changements
climatiques ; santé humaine ; gestion des ressources
naturelles ; connaissances traditionnelles et innovations à base communautaire ;
commerce et marchés ; et femmes dans l’agriculture.
L’IAASTD utilise et enrichit un certain nombre
d’évaluations et de rapports récents qui ont fourni de précieuses informations
sur le secteur agricole, mais sans cibler particulièrement le futur rôle des
AKST, les aspects institutionnels et le caractère multifonctionnel de
l’agriculture. Il s’agit des documents suivants : État de l’insécurité
alimentaire dans le monde de la FAO (annuel) ; Rapport du Conseil
inter-académique intitulé « Réaliser les promesses et le potentiel de
l’agriculture africaine » (2004) ; Groupe de travail sur la faim du
Projet Millenium de l’ONU (2005) ; Évaluation des écosystèmes pour le
millénaire (2005); Exercice de définition des priorités et d’élaboration des
stratégies du Conseil scientifique du CGIAR (2006); Évaluation globale de la
gestion de l’eau dans l’agriculture : Orienter les politiques
d’investissement dans l’eau, la nourriture, les moyens de subsistance et
l’environnement (2007); Rapports du Groupe d’experts intergouvernemental sur
l’évolution du climat (2001 et 2007); Quatrième édition des Perspectives
mondiales en matière d’environnement du PNUE (2007); Rapport sur le
développement dans le monde de la Banque mondiale: Agriculture pour le
développement (2007); Indices de la faim dans le monde de l’IFPRI (annuel); et
Rapport interne de la Banque mondiale sur les investissements en Afrique
subsaharienne (2007).
L’IAASTD a reçu un appui financier de ses deux
principaux bailleurs de fonds, des Gouvernements australien, canadien,
finlandais, français, irlandais, suédois, suisse, américain et du Royaume uni,
de la Commission européenne et de CropLife International. En outre, de
nombreuses organisations lui ont apporté un soutien en nature. Les auteurs et
réviseurs de texte ont gracieusement offert leur temps, généralement sans
contrepartie financière.
Le résumé général et les résumés régionaux
à l’intention des décideurs, ainsi que le rapport de synthèse, sont
rédigés à l’intention d’une diversité d’acteurs, notamment de hauts responsables
des États, des représentants du secteur privé, des ONG, des associations de
producteurs et de consommateurs, des organisations internationales et de la
communauté scientifique. Ils ne comprennent pas de recommandations, seulement des
lignes d’action. Celles-ci ne sont pas hiérarchisées, car diverses options
peuvent être utilisées par différents acteurs, avec des priorités et
responsabilités différentes et opérant dans des contextes socioéconomiques et
politiques particuliers.
Principaux résultats
1. Les connaissances, les sciences et les
technologies agricoles (AKST) ont contribué à l’augmentation substantielle de
la production agricole au fil du temps, et, par ricochet, à la sécurité
alimentaire. Cela a été rendu possible grâce principalement à l’accent
considérable mis sur l’augmentation de la production par l’amélioration du
matériel génétique, l’utilisation accrue des intrants (eau, substances agrochimiques)
et la mécanisation de l’agriculture. Cette augmentation de la productivité a
contribué à un accroissement net de la disponibilité globale de la nourriture
par personne, qui est passée de 2 360 kcal dans les années 1960 à
2 803 kcal par personne et par jour pendant les années 90, période marquée
par une croissance significative de la population mondiale.
2. Les populations ont
inégalement bénéficié de cette augmentation des rendements selon les régions,
en partie en raison de capacités organisationnelles, de facteurs socioculturels
et de cadres institutionnels et politiques différents. Alors qu’en Asie du Sud, le pourcentage de
personnes vivant dans la pauvreté (<2 dollars par jour) a baissé de 45 à
30 % ; en Afrique subsaharienne (ASS) par exemple, ce pourcentage
(autour de 50 %) est resté le même pendant les 20 dernières années. La
valeur ajoutée par ouvrier agricole en 2003 (en dollars de 2000) dans les pays
de l’OCDE était de 23 081 dollars avec un taux d’accroissement de 4,4 %
pour la période 1992-2003. Pour l’Afrique subsaharienne, ces chiffres sont
respectivement de 327 dollars et 1,4 %.
3. L’accent
mis sur l’augmentation des rendements et de la productivité a, dans certains
cas, eu des conséquences négatives sur la durabilité de l’environnement.
Souvent, ces conséquences n’étaient pas anticipées, puisqu’elles s’observaient au
fil du temps et, quelques fois, en dehors des frontières traditionnelles des
exploitations agricoles. Par exemple, 1,9 milliard d’hectares (et 2,6 milliards
de personnes) sont aujourd’hui touchés par des niveaux considérables de
dégradation des sols. Cinquante ans plus tôt, le niveau de prélèvement de l’eau
des rivières était le tiers de ce qu’il représente aujourd’hui :
actuellement, 70 % des prélèvements d’eau douce dans le monde entier (2
700 km3 – 2,45 % de la pluviométrie) sont attribuables à l’agriculture
irriguée qui, dans certains cas, entraine une salinisation des sols. Près de
1,6 milliard de personnes vivent dans des bassins aréiques. L’agriculture est
responsable de 60 % des émissions anthropiques de CH4 et
d’environ 50 % des émissions de N2O. Une fertilisation inappropriée
a donné lieu à l’eutrophisation et de vastes zones mortes dans un certain
nombre de régions côtières, à l’instar du Golfe du Mexique et de certains lacs,
et une utilisation inappropriée des pesticides a entrainé la pollution des eaux
souterraines, ainsi que d’autres conséquences, dont la perte de biodiversité
par exemple.
4. Les conséquences écologiques de
pratiques agricoles associées à de mauvaises conditions socioéconomiques créent
un cercle vicieux dans lequel les petits exploitants pauvres doivent déboiser
et exploiter de nouvelles terres souvent peu productives, aggravant ainsi la
déforestation et la dégradation générale des écosystèmes. La perte de la fertilité des sols,
l’érosion du sol, la rupture des fonctions agroécologiques, ont donné lieu à de
piètres rendements des cultures, l’abandon des terres, la déforestation et
l’intensification des migrations vers des terres peu productives, y compris sur
les pentes raides de collines. Les systèmes multifonctionnels existants qui minimisent
ces problèmes n’ont pas fait l’objet d’une attention suffisante de la part des
chercheurs. Par ailleurs, les fonctions écosystémiques qui atténuent les
impacts écologiques ne sont pas assez reconnues.
5. Des prévisions fondées
sur la poursuite des politiques et pratiques actuelles indiquent que
l’évolution de la démographie mondiale et la modification de l’architecture de distribution
des revenus au cours des 50 prochaines années vont entraîner un changement des
habitudes alimentaires et un accroissement de la demande de nourriture. Selon
la tendance de référence, on prévoit une augmentation de 75 % de la demande
mondiale de céréales entre 2000 et 2050, et un doublement de la demande
mondiale de viande. Plus de trois-quarts de l’accroissement de la demande de
céréales et de viande devrait s’observer dans les pays en développement. Ces prévisions indiquent un probable
resserrement des marchés internationaux de produits agroalimentaires, avec une
raréfaction accrue des ressources qui affectera négativement les consommateurs
et les producteurs pauvres. Dans l’ensemble, les termes de l’échange et les
politiques actuels, la raréfaction croissante de l’eau et des sols et les changements
climatiques annoncés devraient empêcher l’accroissement de la production
alimentaire.
6. L’agriculture se pratique dans des systèmes
complexes et est multifonctionnelle par nature. Une approche multifonctionnelle de la mise en œuvre des AKST en
renforcera l’impact sur la faim et la pauvreté, améliorant ainsi la nutrition
des hommes et les moyens de subsistance d’une manière équitable et
écologiquement, socialement et économiquement rationnelle.
7. Une augmentation et un
renforcement des AKST allant dans le sens[1]
des sciences agroécologiques contribuera à résoudre les questions écologiques
tout en stabilisant et relevant la productivité. Les AKST formelles,
traditionnelles et à base communautaire doivent répondre aux pressions
croissantes sur les ressources naturelles, telles que la diminution de la
quantité d’eau disponible et la détérioration de la qualité de l’eau, la
dégradation des sols et des paysages, la perte de la biodiversité et des
fonctions de l’agroécosystème, la dégradation et la perte du couvert forestier
et la détérioration des zones de pêche maritimes et côtières. Les stratégies
agricoles devront aussi inclure la réduction des émissions de gaz à effet de
serre et l’adaptation à l’évolution et à la variabilité accrue du climat de
source anthropique.
8. Le renforcement et la réorientation de la
production et la diffusion des AKST vont contribuer à résorber les inégalités
socioéconomiques persistantes, en réduisant les risques de conflits résultant de prétentions
contradictoires aux ressources en terre et en eau ; en aidant les individus
et communautés à gérer les maladies humaines et animales endémiques et
épidémiques ainsi que leurs conséquences ; en résolvant les problèmes et en
exploitant les opportunités liés aux flux migratoires nationaux et
internationaux des ouvriers agricoles ; et en facilitant l’accès à
l’information, l’éducation et aux technologies pour les zones et les
populations pauvres, en particulier les femmes. Une telle réorientation et un
tel renforcement requièrent un engagement total, ouvert et transparent de tous
les acteurs.
9. Une participation accrue et effective des femmes
et la prise en compte de leurs connaissances, compétences et expériences vont
permettre d’avancer vers la réalisation des objectifs de durabilité et de
développement, ce qui sera davantage facilité par le renforcement et la
réorientation des AKST pour traiter de questions d’égalités entre hommes et
femmes. Les femmes paysannes, impliquées dans
l’industrie agroalimentaire et ouvrières agricoles, ont moins bénéficié des
AKST que les hommes dans l’ensemble, et les femmes pauvres encore moins. Les
efforts visant à corriger les distorsions persistantes qui les défavorisent
dans l’accès aux ressources et aux biens de production, à l’enseignement et à
la formation professionnels, à l’information et aux services de vulgarisation,
ont connu un succès limité. Nombre d’obstacles sociaux, politiques et
opérationnels à un progrès plus équitable, ainsi que les coûts privés et
publics de ce modèle inégal de développement, sont bien compris comme étant des
facteurs qui découragent une action plus décisive en faveur du renforcement des
capacités des femmes.
10.
Nombre de défis auxquels l’agriculture est et sera confrontée dans
l’avenir vont demander des applications plus innovantes et intégrées des connaissances,
des sciences et des technologies existantes (formelles, traditionnelles et
communautaires), ainsi que de nouvelles approches de gestion agricole et de
ressources naturelles. La
gestion des sols agricoles et de la biodiversité, des nutriments, des ravageurs
et de l’eau, et l’aptitude à répondre aux perturbations environnementales
telles que les changements climatiques, peuvent être améliorées par des
systèmes traditionnels et locaux de connaissance ainsi que les technologies
actuelles. De options technologiques telles que les nouveaux génotypes de
plantes, d’animaux, de poissons et d’arbres et les avancées dans l’amélioration
génétique des plantes, des animaux et des poissons, la biotechnologie, la
télédétection, l’agroécologie, l’agroforesterie, la gestion intégrée des ravageurs
et des nutriments, les technologies de l’information et de la communication
(TIC), créeront des opportunités pour une agriculture plus localisée et
utilisant plus efficacement les ressources.
Biotechnologie
La définition de la biotechnologie dans l’IAATSD est fondée sur celles de
la Convention sur la Diversité biologique et du Protocole de Carthagène sur la Biosécurité.
Il s’agit d’un terme générique qui englobe la manipulation d’organismes vivants
et couvre un large éventail d’activités, des techniques conventionnelles de
fermentation et de sélection des plantes et des animaux aux récentes
innovations en matière de culture tissulaire, d’irradiation, de génomique et
d’amélioration génétique (MAB) et de sélection à l’aide de marqueurs
moléculaires (MAS) pour améliorer la reproduction naturelle. Certaines des
biotechnologies les plus récentes, appelées « biotechnologies
modernes », utilisent l’ADN ou l’ARN modifié in vitro et la fusion cellulaire de différentes familles
taxonomiques, des techniques qui surmontent les barrières physiologiques de
régénération naturelle ou de recombinaison génétique.
11.
Certains problèmes seront résolus principalement par la production et
l’application appropriée de nouvelles AKST. Ces AKST peuvent aider à trouver des solutions à
condition que les institutions et capacités appropriées soient en place. Des
exemples comprennent la lutte contre les maladies animales, notamment par la
production de vaccins ; l’atténuation des émissions agricoles de gaz à
effet de serre; la réduction de la vulnérabilité de l’agriculture à l’évolution
du climat ; la réduction de la forte dépendance de l’agriculture et des chaînes
de produits aux combustibles fossiles ; et la résolution des problèmes socioéconomiques
complexes relatifs aux biens publics locaux, nationaux et internationaux.[2][3]
12. Le fait d’influer sur les systèmes
agricoles artisanaux en établissant des partenariats public-privé, en augmentation
les investissements dans la recherche publique et la vulgarisation, permet de tirer
parti des opportunités existantes.
Le renforcement des partenariats en matière de recherche et de vulgarisation,
la gouvernance locale axée sur le développement et des institutions telles que
les coopératives, les organisations paysannes et les associations
professionnelles, les institutions scientifiques et les syndicats, aident les
petits producteurs et entrepreneurs à saisir et améliorer les opportunités
existant au niveau des exploitations agricoles, après les récoltes, et dans les
entreprises rurales non agricoles. Dans certains cas, ce sont les petites
exploitations agricoles qui économisent l’eau, les nutriments et l’énergie et
préservent les ressources naturelles et la biodiversité sans sacrifier les
rendements qui présentent des opportunités, mais des coûts commerciaux élevés
ne leur permettent pas d’en tirer parti. Les principes, processus et
connaissances sous-jacents peuvent s’adapter et s’appliquer à des systèmes
agricoles à plus grande échelle, compte tenu en particulier des effets des
changements climatiques.
13.
La réalisation de progrès significatifs en faveur des pauvres passe par la création d’opportunités pour
l’innovation et l’entreprenariat, qui visent explicitement les paysans pauvres
et les ouvriers agricoles. Il faut pour cela des investissements simultanés
dans les infrastructures et l’ouverture de l’accès aux marchés et aux débouchés
commerciaux, des services de formation professionnelle et de vulgarisation, des
capitaux, la garantie du crédit et des ressources naturelles telles que la
terre et l’eau. L’influence croissante des gros acheteurs sur les marchés et le
renforcement des normes commerciales représentent des contraintes particulières
pour les petits producteurs qui ont besoin de plus d’innovations dans la
formation publique et privée, l’éducation et les services de vulgarisation,
ainsi que des cadres juridiques, réglementaires et politiques appropriés.
14.
Les décisions relatives à la viabilité des petites exploitations agricoles
posent des difficultés de choix politiques. Le traitement spécial
et différencié pour les pays en développement est un principe reconnu lors des
négociations agricoles de Doha dont les pays en développement peuvent
bénéficier pour des besoins de sécurité alimentaire, l’augmentation des moyens
de subsistance des ruraux et le développement rural notamment. Il est
nécessaire de prendre des mesures appropriées aux niveaux international et
national pour permettre aux petits exploitants de profiter de ces dispositions.
De nouveaux mécanismes de paiement des fonctions écologiques à travers des
services d’utilité publique et privée tels que la protection des zones de
captage des eaux et l’atténuation des effets des changements climatiques
gagnent en importance et ouvrent de nouvelles opportunités au secteur agricole
à petite échelle.
15.
Des politiques publiques, des cadres réglementaires et des accords
internationaux sont essentiels pour l’application de pratiques culturales plus
durables. Des défis urgents demeurent et nécessitent d’autres accords importants et des
mesures de biosécurités portant sur les eaux transfrontalières, les maladies
humaines et animales émergeantes, les parasites de l’agriculture, les changements
climatiques, la pollution de l’environnement et les inquiétudes croissantes sur
la salubrité des aliments et la santé au travail. La réalisation des objectifs
de développement et de durabilité passe par l’adoption de réglementations aux
niveaux national et international pour aborder les multiples aspects
économiques, écologiques et sociaux de ces questions transfrontalières. Ces
politiques doivent être sous-tendues par des données probantes à grande échelle
produites par les sciences naturelles et sociales avec la participation de
nombreux acteurs. Une meilleure gouvernance et un engagement accru des parties
prenantes permettraient de corriger certaines incohérences identifiées dans les
dispositifs des AKST qui privilégient souvent les actions à court terme au
détriment d’interventions à long terme, et la productivité au détriment de la
viabilité écologique et sociale et les nombreux besoins de l’agriculture à
petite échelle.
16. Des dispositifs institutionnels
novateurs sont essentiels pour la conception et l’adoption effective de
systèmes agricoles écologiquement et socialement viables. Il est plus probable d’assurer une
production agricole durable quand les cadres juridiques et les formes
d’association permettent aux individus et communautés modestes d’accéder au
crédit, aux marchés, à la terre et à l’eau. Il est essentiel de créer des
opportunités de transformation et de commercialisation des produits agricoles fondées
sur le marché qui assurent une juste part de la valeur ajoutée créée aux petits
producteurs et aux ouvriers agricoles, afin de réaliser les objectifs de
développement et de durabilité.
17. Si l’ouverture des
marchés agricoles nationaux à la concurrence internationale peut comporter des
avantages économiques, elle peut aussi avoir des effets néfastes à long terme sur
la réduction de la pauvreté, la sécurité alimentaire et l’environnement, si des
institutions et infrastructures essentielles ne sont pas en place. Certains pays en développement dotés de
vastes secteurs d’exportation ont pu accroître leur PIB global, bien que leurs petites
exploitations agricoles n’en aient pas nécessairement tiré parti et, dans de
nombreux cas, aient plutôt été pénalisées. L’agriculture paysanne dans les pays
en développement les plus pauvres est la perdante nette de la plupart des
scénarios de libéralisation des échanges qui abordent cette question. Ces
effets distributionnels invitent à une différentiation des cadres politiques,
tel qu’il est prévu dans le plan d’activités de Doha (traitement spécial et
différencié et accès non réciproque). Les pays en développement pourraient
bénéficier de la réduction des barrières et de la suppression des tarifs
croissants des produits transformés dans les pays développés et en
développement ; ils pourraient aussi profiter de la réduction des
barrières à leur propre niveau ; d’un accès plus privilégié et plus généralisé
aux marchés des pays développés pour des produits de base importants pour la
subsistance des populations rurales ; d’investissements accrus dans la
valeur ajoutée au niveau local ; d’un meilleur accès des petits
producteurs au crédit ; et de marchés régionaux renforcés.
18.
L’agriculture intensive orientée vers l’exportation s’est développée avec
l’ouverture des opérations commerciales, qui a eu des retombées tant positives
que négatives en fonction des circonstances, telles que l’exportation des éléments
nutritifs du sol et de l’eau, une gestion irrationnelle du sol ou de l’eau, ou
des conditions de travail esclavagistes dans certains cas. Les
innovations des AKST qui portent sur les objectifs de durabilité et de
développement seraient plus efficaces si des changements fondamentaux étaient
apportés aux signaux de prix, par exemple, la prise en compte des coûts
écologiques et des paiements ou des récompenses pour les services
environnementaux.
19. Le choix d’approches pertinentes en vue de
l’adoption et la mise en œuvre de l’innovation agricole est crucial pour la
réalisation des objectifs de développement et de durabilité. Nombre de ces approches sont utilisées
actuellement. Dans le passé, la plupart des politiques et pratiques d’AKST dans
de nombreux pays étaient appliquées en utilisant l’approche du « transfert
des technologies ». Une décision essentielle pour les parties prenantes
des AKST concerne le choix d’approches adaptées à la poursuite des objectifs de
développement et de durabilité dans divers contextes.
20. Des investissements
accrus et mieux ciblés dans les AKST, réalisés tant par le secteur public que
privé, et qui tiennent explicitement compte du caractère multifonctionnel de
l’agriculture, peuvent aider à promouvoir les objectifs de développement et de
durabilité. Des
investissements accrus dans les AKST, particulièrement s’ils sont complétés par
des investissements dans le développement rural (par exemple les
infrastructures, les télécommunications et les installations de transformation),
peuvent avoir un taux de rentabilité économique élevé et contribuer à la
réduction de
21. S’il faudrait encourager
les partenariats public-privé, l’élaboration et l’application de codes de
conduite par les universités et les instituts de recherche peut aider à éviter
des conflits d’intérêt et maintenir l’accent des AKST sur la viabilité et le
développement quand les fonds publics sont complétés par des financements privés. La capacité des Etats à comprendre
et, le cas échéant, réglementer les partenariats public-privé, peut être
soutenue par exemple par l’utilisation de systèmes de suivi.
22. La réalisation des objectifs de durabilité et
de développement nécessitera de créer un espace pour divers intervenants et
perspectives et une multiplicité d’options scientifiquement bien fondées, même
si, par exemple, l’intégration de spécialistes des sciences sociales dans
l’élaboration des politiques et pratiques liées aux AKST permet d’orienter et
de cibler la recherche publique et privée, les services de vulgarisation et
l’enseignement vers ces objectifs. Diverses interprétations contradictoires
d’évènements passés et en cours, conjuguées à la sous-évaluation des différents
types d’AKST, limitent les progrès dans ce domaine. La compréhension des sources profondes des
interprétations contradictoires des AKST est nécessaire pour la réalisation de
ces objectifs. Certaines interprétations ont été privilégiées, au détriment
d’autres, et ont aidé à orienter les AKST vers certaines voies, négligeant
ainsi d’autres options scientifiques efficaces qui découlent de savoirs
traditionnels ou de l’expérience de la société civile et peuvent davantage
contribuer à la réduction de la pauvreté, à l’inclusion sociale, à l’équité, et
à la production des résultats multifonctionnels.
Insérer Figure
GSDM-1. La faim dans le monde
Contexte
La connaissance, la
science et la technologie agricoles (AKST) peuvent jouer un rôle clé pour la
réalisation des objectifs de développement et de durabilité – réduction de la
faim et de la pauvreté, amélioration des moyens de subsistance des populations
rurales et promotion d’un développement équitable et écologiquement,
socialement et économiquement rationnel. Cette tâche requiert que les AKST
considèrent l’agriculture dans sa dimension multifonctionnelle, non seulement
comme un site de production alimentaire, mais aussi comme une base pour les
communautés, les économies, et un ensemble de liens écologiques. Ainsi, une
gestion efficace des ressources physiques et naturelles, l’internalisation des
coûts écologiques, la disponibilité et l’accessibilité permanente de biens
publics tels que la biodiversité, y compris le matériel génétique, et les
services écosystémiques sont essentiels pour la réalisation des objectifs de
développement et de durabilité. [3]
Pour les besoins de
l’IAASTD, l’agriculture comprend une diversité de systèmes de production et est
considérée comme un système socio-écologique solidaire et dynamique, basé sur la
préservation, l’utilisation et la régénération des services écologiques gérés
par les populations. Elle comprend la culture des plantes, l’élevage, la pêche,
la foresterie, les industries de biocarburants et bioproduits, et la
fabrication de produits pharmaceutiques ou de tissus à greffer aux plantes et
aux animaux à l’aide du génie génétique. L’IAASTD étudie le système tout entier
de biens et de services issus de l’agriculture.
Insérer Figure GSDM-2. Une perspective
multifonctionnelle de l’agriculture.
L’agriculture est une
source de revenus pour 40 % de la population mondiale ; 70 % des
pauvres des pays en développement vivent dans les zones rurales et tirent
directement ou indirectement leur subsistance de l’agriculture. Cette dernière
a un impact considérable sur des services essentiels de l’écosystème tels que
l’approvisionnement en eau et sa purification, la pollinisation, la lutte
contre les ravageurs et les maladies, et l’absorption et le rejet de gaz
carbonique. [Chapitre 3]
Au niveau mondial, les
AKST peuvent contribuer grandement à l’allègement de la pauvreté pour les 3
milliards de personnes qui vivent avec moins de 2 dollars par jour, et doivent
fournir des aliments nutritifs en quantité suffisante pour tous,
particulièrement les 854 millions de personnes sous-alimentées du globe.
D’autres enjeux internationaux de développement sont : l’eau potable pour
les 1,3 milliard de personnes qui n’en disposent pas, et des sources d’énergie
propre pour 2 milliards de personnes ; les AKST peuvent aussi contribuer à
relever ces défis [chapitres 1, 3]
En se concentrant sur
les objectifs de développement et de durabilité à l’échelle internationale,
cette évaluation souligne naturellement les défis qui interpellent les pays en
développement et les communautés rurales pauvres où la majorité des populations
tirent leur subsistance de l’agriculture, et qui connaissent la pauvreté et la
dégradation de l’environnement. Toutefois, tous les pays sont confrontés aux
défis liés à la réalisation de ces objectifs, et les solutions conçues aux
niveaux local et national doivent tenir compte de la situation à l’échelle
internationale.
Pour réaliser les
objectifs de développement et de durabilité, nous devons distinguer deux
domaines d’intervention. L’un de ces domaines d’intervention est le
développement technologique, notamment par l’amélioration permanente des
plantes, des arbres, des poissons et du bétail, et des pratiques durables
d’utilisation de l’eau, d’autres ressources naturelles et de l’énergie. Toutefois,
ces objectifs ne peuvent être réalisés que si nous nous intéressons à un second
domaine d’intervention, à savoir le
développement institutionnel et des capacités organisationnelles, ainsi que l’élaboration
des politiques. Par exemple, l’utilisation de nouvelles technologies est
généralement fondée sur l’existence de marchés à des prix rémunérateurs,
l’accès au crédit, aux intrants, et un ensemble d’autres services et soutiens
souvent négligés.
Les tendances d’investissement
dans la recherche et le développement agricoles sont une composante essentielle
pour la réalisation des objectifs de développement et de durabilité car, en
général, l’État est plus susceptible de prendre en compte les intérêts des
groupes défavorisés et de l’environnement que des sources privées de
financement. Les investissements dans la recherche et le développement
(R&D) agricoles continuent d’augmenter, mais à un rythme plus lent depuis
les années 90. En outre, la courbe des investissements diffère de plus en plus
d’un pays à l’autre. Les investissements dans la R&D agricole financée par
l’Etat dans beaucoup de pays industrialisés se sont tassés ou ont diminué pour
ne rester qu’une petite fraction des
dépenses totales pour les sciences et technologies (S&T). De nombreux pays
en développement ont aussi vu leurs investissements publics dans la R&D
agricoles stagner ou déraper, à l’exception de quelques-uns, souvent plus
industrialisés. Les investissements privés se sont accrus dans les pays
industrialisés, mais sont restés faibles dans les nations en développement. Il
faudrait compiler des données plus complètes pour réaliser une évaluation plus
exhaustive de l’état de la R&D agricole, y compris dans des domaines tels
que la vulgarisation, les AKST locales et traditionnelles, l’évolution des
systèmes de production, les sciences sociales, certaines recherches dans le
secteur de la santé, l’atténuation des changements climatiques et l’adaptation
à ces derniers. [Chapitre 8]
L’investissement public
dans les AKST peut atteindre des taux de rentabilité économique de l’ordre de
40 à 50 % dans des conditions de marché favorables, et contribuer à la
réalisation des objectifs de développement et de durabilité. Mais les
investissements dans les AKST génèrent aussi des coûts et bénéfices sociaux,
écologiques, sanitaires et culturels, dont certains sont perçus comme des
effets externes (positifs et négatifs) et induits. [Chapitre 2] Ces effets non
économiques sont aussi importants pour la société, mais ne sont souvent pas
pris en compte dans les analyses conventionnelles de taux de rentabilité, car
ils posent des problèmes d’attribution,
de quantification et d’évaluation. Par ailleurs, l’analyse du taux de
rentabilité ne tient pas compte de la répartition des coûts et bénéfices parmi
les classes sociales et les groupes de parties prenantes. [Chapitre 8]
Insérer Figure GSDM-3. Dépenses publiques et
privées pour la R&D agricole par région, 2000.
Sécurité
alimentaire: Des AKST formelles, traditionnelles et
locales ont favorablement contribué à la résolution des problèmes de la faim,
la sécurité alimentaire, la santé et la nutrition humaines. [Chapitre 2] Les
gains substantiels obtenus en termes de productivité agricole au cours des 50
dernières années ont réduit les taux de faim et malnutrition, amélioré la santé
et les moyens de subsistance de millions de personnes et stimulé la croissance
économique dans de nombreux pays. La production céréalière mondiale a plus que
doublé depuis 1961, avec une augmentation d’environ 150 % des rendements
moyens par hectare dans plusieurs pays riches et à faible revenu, à l’exception
de la plupart des nations d’Afrique subsaharienne. L’accroissement de la
production est attribuable à l’amélioration des variétés de plantes et des
animaux, de la gestion des sols, un meilleur accès aux ressources (nutriments
et eau), au développement des infrastructures, aux initiatives politiques, à la
microfinance, à l’éducation, à une communication améliorée et aux avancées réalisées
dans les marchés et les systèmes commerciaux. Dans l’ensemble, la nourriture
est devenue moins chère et la disponibilité calorique moyenne a augmenté. Au
milieu des années 60, 57 % de la population mondiale vivait dans des pays
où la disponibilité calorique moyenne était inférieure à 2200 kcal ;
aujourd’hui, la proportion est de 10 %. Les bons résultats obtenus en
Chine, en Inde, au Brésil et en Indonésie sont principalement responsables de
cette amélioration significative. [Chapitre 3]
Insérer
Figure GSDM 4a. Production agricole totale.
Insérer
Figure GSDM 4b. Tendances mondiales de production ; N, P, irrigation, et
utilisation des pesticides.
Malgré des progrès significatifs réalisés dans les
techniques agricoles, des défis perdurent qui requièrent une action dans d’autres
domaines tels que
L’on prévoit qu’un accroissement rapide de la
demande de viande et de lait renforcera la compétition pour les terres
culturales, et influera sur les prix du maïs et d’autres céréales et farines.
Cela parce qu’il faut 4,5 calories végétales pour produire une calorie d’œuf ou
de lait et 9 calories végétales pour produire une calorie de viande de bœuf ou
d’agneau. Ainsi, une demande croissante généralement associée à la hausse du
revenu peut déclencher des changements structurels dans la filière de
l’élevage, qui pourraient avoir des conséquences graves sur l’environnement
sans toutefois aboutir à une meilleure alimentation des populations pauvres, ou
de meilleures opportunités pour tous les petits producteurs.
Les prévisions d’accroissement du cheptel à
l’horizon 2050 varient en fonction des régions et des espèces, mais une
augmentation substantielle de la production est prévue dans la quasi-totalité
du monde en développement selon une approche de maintien du statu quo. Cette
prévision commande une augmentation des ressources allouées à la recherche sur
le bétail ; en considérant une approche intégrée liée aux prairies et
systèmes de culture-élevage pour résoudre les nombreux problèmes rencontrés
dans l’élevage intensif ; et offre de meilleures perspectives de trouver
des solutions durables. [Chapitres 3 ; 5]
Les écosystèmes marins, côtiers et dulcicoles ont
été gravement altérés au cours des 50 dernières années, avec pour conséquence
la diminution de leur productivité, leur résistance au stress, et leur capacité
à contribuer à la sécurité alimentaire dans l’avenir. La production mondiale totale
de poissons à l’aide de méthodes traditionnelles de capture a baissé ces
dernières années du fait de la surpêche résultant d’une gestion inefficace, de
pratiques de pêche inappropriées et d’une mauvaise appréciation des approches
de gestion basées sur l’écosystème. Les futures prévisions indiquent que les
rendements des méthodes de pêche traditionnelles continueront à décroître et
les écosystèmes aquatiques à se dégrader, menaçant sérieusement la sécurité
alimentaire. Les techniques de pêche ont évolué plus vite que le développement
et l’application de principes scientifiques et de gestion objectifs. Le
développement et l’utilisation anarchique d’engins de pêche tels que les grands
chaluts, les filets maillants, la pêche à la palangre et l’utilisation d’autres
outils de pêche destructeurs, tels que la dynamite et le cyanure, ont diminué
la productivité des écosystèmes et endommagé les habitats dont dépend la pêche.
[Chapitre 6]
La production et les prix des aliments peuvent être
affectés par l’augmentation de la production des biocarburants, en raison de la
compétition pour les terres et les ressources naturelles. L’accès limité des
petits producteurs à la terre pourrait limiter leur capacité à approvisionner
et tirer profit de ce nouveau marché. De même, certaines cultures utilisées
pour la production des biocarburants liquides nécessiteront de grandes
quantités d’eau, une ressource qui constitue déjà une contrainte majeure pour
la production agricole dans de nombreuses régions du monde. [Chapitre 3]
On parle de sécurité
alimentaire quand la population a en tout temps un accès matériel, social
et économique à des aliments sans danger et nutritifs en quantité suffisante
pour couvrir ses besoins physiologiques, répondant à ses préférences
alimentaires, et lui permettant de mener une vie active et d’être en bonne
santé. (FAO, L’état de l’insécurité alimentaire, 2001)
La
souveraineté alimentaire se
définit comme le droit des peuples et des États souverains à élaborer
démocratiquement leurs politiques agricoles et alimentaires.
La mondialisation du système alimentaire affecte
les chaînes alimentaires locales qui fournissent des moyens de subsistance aux
pauvres. [Chapitre 2] Des prix bas pour les importations de produits de base –
comparativement aux prix des aliments transformés – peuvent favoriser les
consommateurs pauvres de pays en développement importateurs net d’aliments (à
condition qu’ils disposent de mécanismes institutionnels appropriés), mais des
importations à des prix inférieurs aux coûts de production locaux constituent une
entrave à l’épanouissement des producteurs nationaux et au développement des
zones rurales. Les investissements dans les AKST qui renforcent la résistance
des systèmes agroalimentaires locaux aux chocs environnementaux et économiques
peuvent stabiliser la production et accroître la sécurité alimentaire, à
condition que des mesures appropriées protègent temporairement les marchés
locaux.
Améliorer la santé et la nutrition
humaines : des
problèmes alimentaires causés par des contaminants ou des agents biologiques,
chimiques ou physiques qui affectent la santé humaine ou la biodisponibilité
des nutriments, peuvent se produire à n’importe quel niveau de la chaîne
alimentaire. Lorsqu’elles sont présentes dans les systèmes alimentaires, les
toxines produites par des agents pathogènes, notamment les mycotoxines, les
métaux lourds et d’autres contaminants, les résidus de médicaments à usage
vétérinaire et de pesticides, peuvent avoir des effets néfastes sur la santé
humaine à court et à long terme, voire causer la mort. Ces risques augmentent
avec la taille de la chaîne alimentaire. Des cas de maladies transmises par
voie sanguine, telles que les salmonelles et l’encéphalite spongiforme bovine
(maladie de la vache folle), ont accru la demande de normes de sécurité alimentaire.
[Chapitre 2] Les inquiétudes liées à la présence d’organismes génétiquement
modifiés (OGM) dans les aliments pour humains et animaux, tout comme les
décisions de consommation, ont accru la demande pour les normes de sécurité
alimentaire et amené les pays à élaborer et appliquer des réglementations en la
matière.[4] [Chapitre 2]
La demande de produits de qualité et de normes de
sécurité devrait s’intensifier, créant ainsi un marché qui ne sera accessible
qu’aux producteurs et aux agro-industries dotées d’une capacité et d’une
connaissance suffisantes en AKST (par exemple la manipulation après récolte).
Dans les pays en développement, de meilleures normes de qualité au niveau
national pourraient contribuer à améliorer les connaissances et la
sensibilisation du public sur les effets sanitaires des choix nutritionnels et les
méthodes de production plus saines, et favoriser la multiplication des
réglementations sur la santé publique, des lois sur la responsabilité et des
laboratoires. [Chapitres 5 ; 8]
L’alimentation est l’un
des principaux facteurs de risque de maladies chroniques. Si la malnutrition
reste une cause majeure de décès, principalement chez les enfants, d’autres
maladies souvent corrélées, telles que l’obésité, les maladies cardiaques, les
accidents vasculaires cérébraux, le diabète, le VIH/SIDA et le cancer ont vu le
jour. Les maladies cardiovasculaires sont une cause principale de décès tant
dans les pays industrialisés qu’en développement. [Chapitres 1 ; 3]
L’évolution de la disponibilité et des prix des aliments par rapport aux
facteurs écologiques, sociaux et démographiques (à l’instar de l’urbanisation)
a donné lieu à une transition diététique à l’échelle mondiale. Cette transition
a affecté différemment les groupes sociaux. En effet, la sous-nutrition et la
surconsommation coexistent dans un grand nombre de pays. Une alimentation non
équilibrée est souvent liée à une faible consommation de fruits et légumes et
une surconsommation de matières grasses, de viande, de sucre et de sel.
Toutefois, de nombreux mets traditionnels sont riches en micronutriments et le
renforcement de leur rôle dans les systèmes de production et les habitudes
alimentaires pourrait avoir des effets bénéfiques sur la santé.
Les maladies
infectieuses, telles que la pandémie du VIH/SIDA et le paludisme, sont parmi
les principales causes de morbidité et de mortalité dans le monde entier, et
affectent gravement la sécurité alimentaire dans certains pays en développement.
Outre les grands défis qu’elles soulèvent, d’autres maladies liées à l’activité
agricole devraient apparaître ou prendre de l’ampleur. L’incidence et la portée
géographique de nombre de ces maladies sont influencées par les systèmes de
production (notamment la culture et l’élevage intensifs) et les facteurs
économiques (l’expansion du commerce international par exemple), sociaux
(changement des modes de vie et des habitudes alimentaires), démographiques
(croissance démographique et migrations), écologiques (aménagement des terres
et évolution du climat à l’échelle mondiale), et biologiques (mutations
microbiennes). La plupart de ces facteurs vont rester d’actualité et pourraient
s’intensifier au cours de ce siècle.
Lorsque les maladies se
propagent à une grande partie de la population humaine et animale (fièvre
catarrhale du mouton), ou se transmettent de l’animal à l’homme (grippe
aviaire), elles ont de graves conséquences sur le plan macroéconomique. Les
pathogènes qui infectent plus d’une espèce hôte sont particulièrement
préoccupants. En raison principalement de la mondialisation du système
alimentaire, l’émergence d’un grand nombre de maladies affectera tant les pays
riches que ceux à faible revenu. [Chapitre 3] L’application de substances agrochimiques
toxiques à un grand nombre de systèmes agricoles a des effets néfastes sur la
santé des producteurs, des ouvriers et des communautés qui y sont exposés.
L’application de réglementations rigoureuses et de stratégies efficaces de
gestion des risques peut aider à réduire le niveau d’exposition à ces produits,
sans toutefois en éliminer les risques.
Les risques sanitaires
et environnementaux, de même que les effets des substances agrochimiques, ont été
largement documentés dans la littérature médicale et scientifique. En outre,
les effets des plantes, des animaux et des microorganismes transgéniques ne sont
pas aussi bien appréhendés aujourd’hui, une situation qui appelle à la
participation du plus grand nombre d’acteurs à la prise de décisions et à l’intensification
de la recherche publique sur les risques potentiels. [Chapitres 2 ; 3]
Insérer figure GSDM-5. Budgets de recherche du
GCRAI, de Monsanto et des SNRA en Amérique du sud
Défi : Réduire la pauvreté et améliorer les moyens de
subsistance des populations rurales
Les AKST ont la
capacité d’améliorer les moyens de subsistance, bien que leurs effets varient
d’une région ou d’un groupe social à l’autre. La capacité d’accéder aux AKST et
d’en tirer profit n’est pas la même partout, les pays industrialisés étant
mieux lotis que les nations en développement (particulièrement en Afrique). En
2003, la valeur ajoutée par ouvrier agricole dans les pays de l’OCDE était de
23 081 dollars, avec un accroissement de 4,4 % par an entre 1992 et
2003. En Afrique, ces chiffres étaient de 327 dollars et 1,4 %
respectivement. Ces disparités sont en partie dues à l’histoire politique, sociale
et économique des pays, ainsi qu’à leurs politiques actuelles. On prévoit que
les pays en développement vont dépendre de plus en plus des aliments importés
[Chapitre 5], souvent parce que la production locale n’est ni rémunératrice ni compétitive,
du fait de l’absence des investissements. L’augmentation du nombre d’emplois à
l’extérieur des fermes ne se fera pas nécessairement au même rythme que la
perte des moyens de subsistance agricoles, et même si la proportion des
personnes travaillant dans le secteur agricole diminuera du fait de l’urbanisation,
l’on ne s’attend pas à une décroissance de la population rurale.
De nombreuses raisons
expliquent l’expansion du commerce agricole : renforcement des relations
interrégionales, accroissement de la demande d’aliments et spécialisation des
produits facilitée par la libéralisation des échanges. La mondialisation et la
libéralisation vont affecter les pays et les groupes nationaux de diverses
manières. L’on s’attend à un accroissement du commerce agricole entre pays en
développement, et à une augmentation de leur déficit commercial par rapport aux
pays industrialisés, qui continueront à enregistrer des excédents commerciaux
agricoles. [Chapitre 4] Les marchés urbains des pays en développement dont les
zones rurales sont mal desservies pourraient dépendre de plus en plus des
importations, qui fournissent des aliments à moindre coût mais entravent la
création des emplois et des moyens de subsistance en milieu rural, et
découragent l’investissement nécessaire pour atténuer la dégradation des sols.
Ces déséquilibres commerciaux favorisent aussi les coûts élevés des intrants,
une agriculture à haute intensité d’énergie qui ne tient actuellement pas
compte des coûts environnementaux ou sociaux de la production, une approche qui
est de plus en plus insoutenable.
Défi : Accroître la durabilité de l’environnement
Au siècle dernier, les systèmes
de production agricole ont été simplifiés pour maximiser les rendements par
composante, généralement en faisant fi d’autres services et fonctions écologiques
d’appui, d’approvisionnement et de régulation. Associées à des politiques prévoyant
des incitations tarifaires avec un effet de distorsion sur les échanges, ces
pratiques ont souvent entrainé la dégradation des ressources naturelles et
écologiques (déforestation, introduction d’espèces envahissantes, accroissement
de la pollution et des émissions de gaz à effet de serre, etc.).
L’agriculture est actuellement
à l’origine de 60 % et 50 % des émissions anthropiques mondiales de CH4 et N2O
respectivement. Au cours des 50 dernières années, la base de ressources
naturelles dont dépend l’agriculture a diminué plus rapidement qu’à aucun autre
moment de l’histoire, en raison de l’accroissement de la demande mondiale et de
la dégradation croissante des ressources ; 75 % du patrimoine
génétique des plantes a été perdu. La détérioration des fonctions
écosystémiques (à l’instar des nutriments et du cycle hydrologique) limite la
production et pourrait entraver la capacité des systèmes de production à
s’adapter à l’évolution du climat mondial et à d’autres changements dans
d’autres régions. Les pratiques culturales durables font partie de la solution
à l’altération actuelle de l’environnement. Des exemples comprennent un
meilleur stockage du carbone dans les sols et la biomasse, l’atténuation des
émissions de CH4 et de N2O provenant des rizières et des
systèmes d’élevage, et la réduction de l’utilisation des engrais inorganiques.
Des politiques appropriées peuvent faciliter l’atténuation des gaz à effet de serre et une
meilleure séquestration du carbone.
Selon l’Évaluation globale de la gestion de l’eau
dans l’agriculture, d’ici 2050, dans la plupart des régions, l’agriculture
restera le plus gros consommateur de ressources dulcicoles, même si l’on
s’attend à une diminution de la part qui lui est attribuée, par rapport aux
industries et aux ménages [Chapitre 3]. Au rythme actuel d’utilisation de
l’eau, la croissance démographique et la modification des habitudes
alimentaires devraient accroître de 70 à 90 % la consommation de l’eau
dans la production alimentaire et de fibres. Si la demande d’énergie verte
augmente, cela pourrait aggraver le problème. En outre, la concurrence que se
livrent les différentes filières pour les ressources en eau va s’intensifier,
exacerbant davantage la pression sur les producteurs de pays en développement.
La disponibilité de l’eau pour les activités agricoles devrait baisser dans
plusieurs régions du fait des changements climatiques et de la variabilité
accrue du climat, bien que le potentiel pour les AKST d’améliorer la gestion de
l’eau soit considérable dans le domaine tant de l’agriculture pluviale qu’irriguée.
Insérer
Figure GSDM-6. Zones physiquement et économiquement pauvres en eau.
Source : IWMI, 2007
Conjuguée à l’accroissement du nombre d’incendies,
des attaques de ravageurs et des maladies, l’évolution attendue de la fréquence
et de la gravité des conditions climatiques les plus sévères aura des
implications considérables pour la production agricole et la sécurité
alimentaire. L’effet des changements climatiques sur la production agricole, la
pêche, la foresterie et l’élevage, devrait varier d’une région à l’autre. En
général, les tropiques et les régions subtropicales vont subir des effets
négatifs, tels que des inondations et des sécheresses exceptionnelles, alors
que dans les zones tempérées, la saison de végétation sera plus longue et, par
conséquent, la production agricole plus importante dans un contexte d’évolution
modérée du climat (environ 2 à 3 % de hausse de température). [Chapitres
1 ; 5] Certaines zones tempérées arides pourraient devenir plus sèches,
avec pour conséquence une diminution du potentiel de production agricole.
Insérer
Figure GSDM-7. Effets projetés des changements climatiques. Source : Stern
Review, 2007
L’on ne peut avancer vers
la réalisation des objectifs de développement et de durabilité sans une plus
grande prise en compte des connaissances, des compétences et de l’expérience
des femmes, et une réorientation des AKST pour fournir plus d’opportunités aux
femmes. Les femmes paysannes, transformatrices de produits agroalimentaires et
ouvrières agricoles ont moins bénéficié des AKST que les hommes dans
l’ensemble, et les femmes pauvres encore moins. Les efforts visant à corriger
les distorsions persistantes qui les défavorisent dans l’accès aux ressources
de production, à l’enseignement et à la formation professionnelles, à l’information
et aux services de vulgarisation, ont connu un succès limité. Nombre de
contraintes sociales, politiques et opérationnelles à un progrès plus
équitable, ainsi que les coûts privés et publics de ce modèle inégal de
développement, sont bien perçus comme étant des facteurs qui découragent une
action plus décisive. Un appui ciblé à la participation des femmes dans leurs
fonctions de gestion, par exemple, dans l’industrie laitière, l’aviculture et
le petit élevage, ainsi que dans de nouvelles entreprises telles que la
production de légumes à forte valeur commerciale, de fruits et de fleurs pour
l’exportation et diverses agro-industries, nécessite des dispositifs
institutionnels novateurs et l’encadrement des organisations féminines, des associations
de femmes d’affaires et des réseaux de prestataires de services.
Insérer Figure GSDM-8. Proportion de la main d’œuvre féminine (totale et
agricole)
L’égalité entre hommes et
femmes est un aspect important de l’équité sociale. Les femmes et les hommes,
qui ont souvent différents rôles et responsabilités dans les ménages et la
production alimentaire, ont généralement une approche différente par rapport
aux divers avantages tirés des AKST et des innovations. Si les modèles fondés
sur le sexe sont fonction des contextes, une réalité s’impose, celle du rôle
essentiel de la femme dans les activités agricoles. Et pourtant, en particulier
dans les pays en développement, celle-ci a un accès limités à des biens de
production tels que la terre, la technologie, le crédit et les capitaux qu’elle
contrôle peu, y compris une réforme foncière équitable d’un point de vue
sexospécifique. En dépit des avancées obtenues dans le domaine de la
sensibilisation aux questions de parité hommes-femmes, l’accès aux produits des
AKST et la participation aux processus connexes restent limités pour les femmes
et d’autres groupes défavorisés. Très peu d’attention a été accordée aux
questions de vulnérabilité et d’exclusion sociale, ou à l’interaction entre les
opportunités liées aux AKST et les politiques de prévoyance sociale. [Chapitre
3]
Seules, les AKST ne peuvent surmonter ni les préjugés, ni les inégalités
liées au sexe et à l’ethnie dans le secteur agricole, mais une attention
insuffisante accordée à ces questions par les acteurs concernés peut donner
lieu à un accroissement involontaire des inégalités. Des investissements
substantiels dans l’emploi et la formation des femmes et des minorités
ethniques dans les centres de sciences et technologies accroissent la
probabilité d’obtenir des résultats plus équitables pour les femmes pauvres.
Les rapports inéquitables entre hommes et femmes peuvent être exacerbés par les
chocs écologiques et économiques attendus. Les investissements dans le
renforcement des systèmes locaux d’innovation devraient rendre les résultats
des AKST plus équitables.
[Chapitre 2]
En général, les régions qui connaissent de graves inégalités
sur le plan commercial, font face à des contraintes biophysiques et abritent
des groupes socialement marginalisés, sont celles qui ont le moins bénéficié des
innovations des AKST. Par ailleurs, la répartition des avantages des AKST s’est
faite en faveur de ceux qui détiennent déjà des actifs agricoles – terre, eau,
ressources énergétiques, marchés, intrants et financements, formation et
communication. Les politiques et dispositifs institutionnels qui permettent aux
plus faibles de participer à la formulation des problématiques et à la prise de
décisions sur les AKST peuvent rendre les résultats des AKST plus
équitables ; il s’agit notamment de cercles de recherche pour paysans et hommes
de sciences, de stages pratiques pour les producteurs. Les régimes de droits de
propriété intellectuelle (DPI) qui protègent les producteurs et étendent la
sélection participative des plantes et le contrôle de la base sur les
ressources génétiques et les connaissances traditionnelles associées, peuvent
renforcer l’équité. L’appui financier apporté aux organisations paysannes peut
leur permettre d’approcher un certain nombre de fournisseurs de connaissances
et d’informations pour des solutions adaptées à leurs contextes.
Les dispositifs des AKST impliquent des choix
éthiques et des jugements de valeur. Dans certains cas, ils excluent ou
marginalisent des acteurs clés, tels que les petits producteurs, privilégiant
des considérations à court plutôt qu’à long terme. Certaines options sont
préférées à d’autres dans la prise de décisions sur les AKST, et ont aidé à
orienter ces dernières vers certaines voies, négligeant ainsi d’autres options
bien documentées, dont certaines découlent de savoirs traditionnels ou de
l’expérience de la société civile, et sont plus axées sur les multiples
fonctions de l’agriculture. L’accroissement de l’aide publique en vue de
l’autonomisation des organisations paysannes et autres groupes communautaires
peut renforcer le pouvoir des pauvres dans les mécanismes participatifs d’AKST
et la prise de décisions conjointes dans ce domaine. Des approches
communautaires pour la gestion des ressources naturelles, telles que la gestion
des bassins versants, de la foresterie communautaire, la gestion intégrée des
ravageurs et des cultures, et le renforcement des systèmes locaux de semences,
contribuent à soutenir et prendre en compte la viabilité sociale et
environnementale, bien qu’elles ne soient pas une panacée [Chapitres 2 ;
3 ; GRN-RT].
Nombre de technologies
potentiellement utiles pour une production agricole durable ne sont pas
adoptées car les petits producteurs n’ont pas accès aux moyens et services
d’appui nécessaires pour les utiliser à bon escient. Ceux qui ont accès à
l’information, aux crédits, aux intrants, aux services et marchés sont mieux
placés pour tirer profit des avantages offerts par les AKST formelles,
renforçant ainsi les disparités entre communautés paysannes. Au fil du temps,
une technologie peut en occulter d’autres. Mais comme les mêmes producteurs ont
tendance à bénéficier de chaque innovation technologique, la pression
conséquente sur les prix aux producteurs conduit éventuellement à la
marginalisation de ceux qui ne peuvent pas tenir le rythme et à l’expansion
proportionnelle de ceux qui restent dans les fermes. L’avantage comparatif
démontre l’efficacité théorique de cette migration de la main d’œuvre vers
d’autres secteurs où elle peut être employée de manière productive. Cependant,
les conditions en milieu rural peuvent inciter un nombre croissant de personnes
au désordre civil ou à l’insurrection, et d’autres dans des migrations internes
ou transfrontalières inorganisées, avec des coûts qui s’avèrent ingérables à
court terme. Les économies nationales et les zones urbaines stagnantes n’offrent
sûrement pas de meilleurs moyens de subsistance, ni une voie pour sortir de la
pauvreté.
Ces dilemmes rendent les
choix difficiles. Pour créer des opportunités réalistes pour les petits
producteurs dans le secteur agricole, il faut des investissements et des
dispositifs institutionnels qui créent des conditions dans lesquelles les AKST
formelles réduisent les risques et accroissent la rentabilité des exploitations
agricoles. Dans le passé, cette tâche a largement été perçue comme étant du ressort
du secteur public ; le défi pour l’avenir consiste à associer un plus
grand nombre d’acteurs ne ressortant pas du secteur public, y compris des
organisations paysannes et des entreprises commerciales. [Chapitre 3] L’État doit pour cela être à
même de comprendre et, le cas échéant, de réglementer le secteur privé; par
exemple par des systèmes de contrôle et la mise en application de règles qui
aideront à éviter des conflits d’intérêt dans la prise de décisions sur les
AKST. Les universités et les instituts de recherche qui reçoivent des
financements privés considérables pourraient avoir besoin de créer des
mécanismes de supervision et d’élaborer des codes de conduite pour préserver
leur indépendance.
Les nombreux
dispositifs institutionnels qui relient les AKST aux applications pratiques
sont l’un des domaines les plus étudiés des sciences sociales appliquées. Les
analyses basées sur des données empiriques démontrent à suffisance que
l’approche du transfert des technologies est, jusqu’à présent, le modèle
institutionnel le plus utilisé pour fournir des technologies fondées sur la
science au secteur privé. Appliqué à des technologies gérées correctement et
pertinentes pour les producteurs visés et dans des conditions idoines, telles
que l’accès aux marchés et des services opérationnels, ce modèle a réussi à
accroître les gains de productivité et à étendre l’échelle des interventions.
L’approche de la ferme à la fourchette est le modèle le plus usité dans le
développement commercial tiré par la demande et pourrait devenir le courant
dominant, au fur et à mesure que les marchés modernes pénètrent les zones
rurales. Elle est sous-tendue par la fourniture régulière d’informations sur
les profils et préférences des consommateurs tout au long du processus de conception
des technologies et d’essai des prototypes, des informations obtenues en
faisant des recherches sur les marchés.
En général, aucun des
deux modèles n’a totalement réussi à promouvoir les objectifs combinés de
développement et de durabilité. Les approches qui encouragent le développement
de systèmes d’innovation le long des chaînes de valeur et une vaste
participation des parties prenantes orientent les AKST vers des opportunités
réalisables. Une gestion durable des agroécosystèmes par les paysans requiert
des approches conçues sur la base d’une compréhension mutuelle des principes et
la coordination des parties à plusieurs échelles. [Chapitre 2]
Nombre de défis auxquels l’agriculture sera
confrontée au cours des 50 années à venir nécessiteront une application plus
intégrée des sciences et technologies actuelles (formelles, traditionnelles et
à base communautaire) et de nouvelles approches de gestion des ressources
agricole et naturelles. D’autres problèmes ne seront résolus que par le
développement et l’application de nouvelles AKST [Chapitre 6].
La question de la stratégie idoine pour faire
avancer les objectifs de développement et de durabilité est controversée et reflète diverses
hypothèses sociales et politiques, divers intérêts et valeurs. Dans de nombreux
domaines du discours scientifique et technique, la tendance est à une seule
interprétation qui attribue la cause et l’effet à certains évènements ou
situations plutôt qu’à d’autres. Cette sélectivité a des implications majeures
pour l’orientation de la science vers des domaines spécifiques. La prise en
compte d’approches scientifiques et technologiques fondées et contradictoires
est essentielle pour l’élaboration de politiques efficaces. Dans plusieurs cas,
les stratégies des AKST qui tiennent compte des multiples fonctions que doivent
remplir les systèmes agricoles durables (production, moyens de subsistance,
services écosystémiques, etc.) existent déjà et certaines AKST reconnaissent la
diversité biophysique, socioéconomique et culturelle des systèmes agricoles qui
nécessite des solutions adaptées. Par exemple, associées à des approches
formelles telles que l’agroécologie et l’agroforesterie, l’innovation au niveau
communautaire et la connaissance locale peuvent traiter des questions d’intérêt
pour les populations rurales. [Chapitre 3]
En prenant en compte l’expertise d’autres
secteurs, il est plus probable d’élaborer des solutions qui concourent à
l’augmentation de la productivité, à la protection des ressources naturelles et
des moyens de subsistance et à l’atténuation des effets négatifs de
l’agriculture sur l’environnement. Les connaissances et technologies d’autres
secteurs tels que la communication, l’énergie et la santé, ainsi que la culture
et les arts peuvent renforcer la capacité de l’agriculture à contribuer à la
réalisation des objectifs de développement et de durabilité. Les producteurs ont besoin d’une
diversité d’options pour relever les défis qui les interpellent, eu égard à
leurs différents besoins et ressources, et pour s’attaquer à la complexité
croissante des contextes dans lesquels ils opèrent. [Chapitres 2 ; 3]
Des réformes plus ciblées sont nécessaires pour
créer de telles opportunités, notamment par la fourniture d’un soutien
infrastructurel et institutionnel aux producteurs pauvres des pays en
développement (par exemple, accès à l’eau et à la terre, moyens de transport,
AKST, information commerciale, intégration de marchés plus rémunérateurs,
protection contre la concurrence déloyale), des politiques sur la détention de
stocks alimentaires, et des accords entre consommateurs des économies
industrialisées et producteurs des pays en développement, ainsi qu’un appui aux
organisations paysannes et des accords entre producteurs au niveau national ou
entre pays. [Chapitres 2 ; 3 ; 7]
Il est urgent de développer et conserver les
connaissances dans le secteur agricole. Les autorités locales, les
gouvernements nationaux et les organisations internationales peuvent promouvoir
et développer des capacités en investissant dans l’éducation et en favorisant l’adoption
de nouvelles compétences et techniques par les communautés paysannes. Les
options politiques sont, entre autres : 1) réviser les programmes d’étude
à tous les niveaux pour rendre la formation en agronomie plus attrayante et en
accroître la pertinence du point de vue social, 2) accroître l’accès à
l’enseignement technique et scientifique – connaissance en gestion des
exploitations agricoles et de l’agroécosystème pour tous ceux qui travaillent
dans l’agriculture, 3) améliorer la collaboration entre départements
ministériels (agriculture, eau, environnement, éducation) et universités, 4)
développer les infrastructures pour faciliter l’utilisation des technologies de
l’information et de la communication (TIC) dans les systèmes formels et
informels d’enseignement, 5) mobiliser des fonds à partir d’une diversité de
sources pour soutenir la réforme de l’enseignement agricole, et 6) encourager
les universités à participer à l’identification et la reconnaissance des connaissances
traditionnelles et locales, et les auteurs de connaissances traditionnelles à contribuer
à la conception des programmes. [Chapitres 2 ; 3 ; 7]
Réduire la faim et accroître la sécurité
alimentaire. Nombre
de problèmes auxquels l’agriculture sera confrontée au cours des 50 prochaines
années pourront être résolus par une application plus ciblée des AKST
disponibles par la réforme des institutions, des approches modernes et
traditionnelles de gestion des ressources agricoles et naturelles, et des
avancées en matière de sciences et de technologies. Des exemples pour une
meilleure gestion des ressources comprennent une gestion améliorée des sols et
de l’eau en vue d’accroître la rétention d’eau et de réduire l’érosion ; le
renforcement des capacités organisationnelles pour résoudre le problème
émergent de la rareté de l’eau en augmentant le rendement de l’eau et la valeur
par unité d’eau utilisée ; une plus large diffusion des mesures de conservation
des sols ; l’utilisation de techniques microbiologiques pour combattre les
maladies des sols ; et l’utilisation de bactéries solubilisant le
phosphore. Les AKST existantes peuvent aussi être utilisées dans le cadre de la
gestion intégrée des ravageurs (GIR) sur la base des expériences et des
connaissances acquises par les producteurs ; des techniques moléculaires
et de la modélisation des dynamiques des ravageurs et des espèces étrangères en
vue de réduire la dépendance vis-à-vis des produits chimiques pour la
préservation de la santé humaine et des écosystèmes tout en s’attaquant aux
menaces émergeantes des ravageurs induites par les changements climatiques. Des
systèmes intégrés de culture, d’arboriculture, d’élevage et de pêche, peuvent
être intensifiés et gérés comme des systèmes agricoles multifonctionnels avec
des conséquences moins néfastes pour les écosystèmes. [Chapitre 6]
Les futures options comprennent de nouvelles
techniques culturales et des variétés améliorées de plantes, d’animaux, de
poissons et d’arbres obtenues à partir de processus accélérés, tels que
l’amélioration génétique traditionnelle et participative associée à la
sélection à l’aide de marqueurs, la génomique et les approches transgéniques.
Ces options pourraient faciliter l’adaptation à un plus grand nombre d’habitats
et de conditions biotiques et abiotiques, accroître les rendements, améliorer
la qualité nutritionnelle des aliments, produire des biens non traditionnels et
suppléer de nouveaux systèmes de production, à condition que les risques
sociaux et environnementaux soient correctement gérés. Des avancées intégrées
dans la nanotechnologie, la télédétection, les systèmes d’information
géographique, les systèmes universels d’orientation et les technologies de
l’information et de la communication, peuvent créer des opportunités pour une
agriculture plus économe en ressources et plus localisée.[5] [Chapitre 6]
Les AKST peuvent servir à atténuer les émissions
agricoles de gaz à effet de serre (GES), renforcer les puits de carbone et
l’adaptation des systèmes agricoles aux effets des changements climatiques. Les
nouvelles technologies peuvent réduire la dépendance de l’agriculture et de la
chaîne alimentaire à l’égard des combustibles fossiles utilisés pour les substances
agrochimiques, les machines, le transport et
Certaines approches actuelles de production
alimentaire ont le potentiel de corriger les inégalités créées par les
pratiques de l’agriculture industrialisée et de prendre en compte nombre de
coûts sociaux et environnementaux résultants de pratiques modernes. De telles
approches seront efficaces s’il existe des alliances entre producteurs et
consommateurs. L’agroforesterie est une technique de réhabilitation des sols,
qui a donné lieu à des techniques communautaires qui permettent i) d’accroître
les rendements des cultures vivrières de base ; et ii) de créer des
systèmes de culture associée pour les petits producteurs dans le cadre desquels
les cultures de rente pérennes et les variétés locales compensent la nécessité
de jachères forestières improductives dans l’agriculture itinérante et
contribuent à la souveraineté alimentaire. [Chapitres 2 ; 3 ; 7]
L’accès à l’Internet et la propagation des
téléphones cellulaires facilitent déjà l’échange d’informations scientifiques,
technologiques et commerciales entre producteurs, chercheurs, entreprises
commerciales, agents de conseil et de vulgarisation et d’autres acteurs.
Toutefois, les organisations publiques et privées devront améliorer l’accès à
des informations telles que les prévisions météorologiques, les prix du marché
et les dynamiques de ravageurs, pour une diversité d’utilisateurs. La
disponibilité de TIC abordables va créer de nouvelles opportunités d’améliorer
la gestion des ressources humaines, la sécurité alimentaire et les stratégies
de subsistance des communautés rurales. [Chapitres 3 ; 5 ; 6]
Pour pouvoir contribuer à la promotion du
développement, l’agriculture de précision, les TIC, la production écologique,
la nanotechnologie et d’autres technologies émergentes ont besoin d’un
renforcement des institutions pour créer les conditions dans lesquelles ces
technologies peuvent générer des opportunités pour les producteurs pauvres en
ressources dans diverses conditions locales. Les évolutions technologique,
politique et institutionnel sont interdépendantes et complémentaires. La
sécurité alimentaire au niveau international et la souveraineté alimentaire à
l’échelon national appellent à la fin de la marginalisation des producteurs des
pays en développement. [Chapitre 3]
Améliorer la nutrition et la santé
humaines
La promotion de la santé et de la bonne nutrition
ne peut se faire sans tenir compte des conditions politiques et sociales
fondées sur des approches écologiquement rationnelles, et qui comprennent un
public éduqué et informé, un cadre réglementaire et d’exécution, et la
responsabilité gouvernementale qui assure la gestion des stocks de nourriture,
le contrôle de la production alimentaire, la commercialisation, la fixation des
prix et la distribution, la prévention des catastrophes et d’autres aspects
inhérents à la souveraineté alimentaire.
La conception et l’application de bonnes pratiques
culturales (BPC), y compris la prise en compte de processus écologiques dans
les systèmes de production, vont aider à préserver la santé des animaux et des
plantes, et promouvoir la salubrité des aliments. Dans les pays où les mécanismes de mise en
œuvre et de contrôle des normes d’hygiène professionnelle et de salubrité des
aliments sont limités, la meilleure solution pour atténuer les risques
d’exposition aux substances agrochimiques est d’interdire l’utilisation des
produits chimiques de catégorie 1a/1b (Substances hautement toxiques de l’OMS)
et de promouvoir une gestion alternative des ravageurs, notamment la gestion
intégrée des ravageurs, des approches agroécologiques, la lutte biologique,
l’agriculture biologique, et des stages pratiques pour les producteurs.
Lorsque celles-ci peuvent être efficacement
contrôlées et appliquées, les bonnes pratiques culturales peuvent aider à gérer
les risques associés à la contamination d’aliments tels que les fruits et
légumes par des agents pathogènes. L’application des BPC peut aider les pays en
développement à s’adapter à la mondialisation sans compromettre leurs objectifs
de développement durable. Dans l’analyse des risques, l’on peut cibler les
questions de biosécurité, de contrôle des maladies et d’information sur le
sujet, d’innocuité des intrants (y compris des produits chimiques agricoles et
à l’usage des vétérinaires), de contrôle des agents pathogènes d’origine
alimentaire potentiels et de traçabilité. L’éducation des populations sur une
meilleure manipulation des aliments et une nutrition améliorée, ainsi que de
meilleurs systèmes d’assainissement tout le long de la chaîne de production,
font partie intégrante de la gestion des risques associés aux agents
pathogènes. Grâce aux nouvelles recherches sur les effets des pratiques
culturales sur l’environnement et la santé humaine, et au développement de
pratiques alternatives écologiquement rationnelles, les normes de sécurité
devront évoluer pour s’adapter aux effets des changements climatiques, des
nouvelles technologies et de la mobilité humaine (chapitres 3 ; 6). L’un
des problèmes des BPC, des normes, des systèmes d’assainissement, de l’analyse
des risques, etc. (en particulier dans les pays les plus pauvres) est qu’ils
nécessitent des ressources souvent inabordables, sont soumis à des normes
d’exécution qui sont, pour l’instant, hors de portée.
L’intégration des politiques et programmes le long
de la chaîne alimentaire peut aider à contenir la propagation des maladies
infectieuses. Le fait d’axer les interventions sur un seul point de la chaîne
alimentaire ne permet pas d’effectuer des contrôles efficaces et effectifs. La
lutte contre les zoonoses passe par une rapide identification et divulgation
des maladies ; des compensations financières ; la formation et la
consolidation de la coordination entre les services vétérinaires et les
formations sanitaires publiques. Pour identifier de nouvelles maladies infectieuses
et élaborer une réponse efficace contre ces dernières, il faudrait renforcer la
capacité épidémiologique et des laboratoires et créer des opportunités de
formation. Le fait de baser les systèmes agricoles et les progrès des AKST sur
les principes écologiques et épidémiologiques permettrait d’éviter l’invasion
de ravageurs et l’apparition de maladies.
Les stratégies d’amélioration de la santé
nutritionnelle comprennent l’éducation sur la nutrition à tous les niveaux, la
réglementation de la formulation des produits (interdiction de l’utilisation
d’acides gras trans dans les aliments transformés en Suède, diminution des
quantités de sel au RU, etc.), l’augmentation des incitations commerciales pour
des produits frais tels que les fruits et légumes ; et l’adoption de
politiques budgétaires (fiscalité, régimes commerciaux) qui tiennent compte des
effets sur la santé des populations. De nouveaux efforts visant à utiliser les
espèces endogènes et à produire des aliments importants au niveau local peuvent
contribuer à améliorer l’absorption de
micronutriments. [Chapitres 3 ; 6 ; 7]
De nombreuses contraintes (politiques, de marchés,
commerciales, économiques, institutionnelles, etc.) empêchent le déploiement
total des technologies actuelles visant à améliorer la salubrité des aliments
et la santé publique. Des normes réglementaires efficaces et des législations
sur la responsabilité adoptées au niveau national et conformes aux bonnes pratiques
internationales, et les infrastructures chargées de veiller au respect de
celles-ci, seront nécessaires pour la réalisation des objectifs de
développement et de durabilité. Entre autres besoins en infrastructures, on compte des programmes de
surveillance sanitaire et phytosanitaire pour la santé humaine et animale, les
capacités d’analyse en laboratoire et de recherche (personnel qualifié pour la
recherche, par exemple) et des programmes de formation et d’audit. [Chapitre 2]
Cependant, au vu des ressources limitées et de l’absence d’un contrôle effectif
des organismes publics dans nombre de pays, les options les plus efficaces
consistent à lever les risques autant que possible, et à promouvoir des
politiques cohérentes en faveur d’une gestion plus sûre des ravageurs et des
maladies. Les fonds fiduciaires nationaux et régionaux et l’extension de l’aide
actuelle aux engagements commerciaux sont des moyens novateurs de financer ce
renforcement de capacités. [Chapitre 7]
Réduire la pauvreté et améliorer les
moyens de subsistance
Les pays en développement sont vulnérables aux fluctuations
rapides des cours internationaux des produits alimentaires et il est peu
probable que leurs systèmes de production agroalimentaires résistent aux chocs
écologiques, politiques et économiques. Les options politiques qui
permettraient à ces pays de faire face aux crises et de jouir de la sécurité et
la souveraineté alimentaires incluent un contrôle démocratique accru (aux
niveaux local, national, régional) et la participation du secteur public à
l’élaboration de la politique agricole, notamment par l’autonomisation des
organisations paysannes, des gouvernements et des blocs commerciaux régionaux.
D’autres mesures politiques consistent à améliorer 1) la sécurité foncière et l’accès
à la terre, au matériel génétique et à d’autres ressources, 2) la diversification
par des espèces de plantes importantes au niveau local ; 3) l’accès aux
ressources (telles que le crédit, les nutriments), 4) l’encadrement des moyens
de subsistance des ruraux par des systèmes transparents de fixation des prix et
des marchés fonctionnels dans le but d’améliorer la rentabilité des fermes et de
veiller à ce que les prix aux producteurs soient supérieurs aux coûts marginaux
de la production locale, et 5) le renforcement des filets de sécurité sociale.
Ces mesures impliquent un changement fondamental des AKST et une approche de la
politique agricole à l’échelle de l’économie toute entière.[6] [Chapitres 3 ; 7]
L’intensification du commerce agricole peut créer
des opportunités pour les pauvres. De même, il existe de plus en plus de données
qui montrent que la libéralisation du commerce agricole n’a pas, jusqu’à
présent, profité substantiellement aux petits producteurs ou aux communautés
rurales dans de nombreux pays. Les approches visant à offrir aux petits
producteurs des opportunités d’investir, d’innover et d’utiliser au mieux les
AKST pour améliorer les moyens de subsistance des ruraux intègrent une série de
mesures politiques visant à stabiliser et accroître les prix à la production.[7] Ces mesures comprennent l’élaboration
de stratégies rationnelles portant sur les subventions, dans la mesure du
possible, et des efforts renouvelés pour réduire les subventions des pays
développés qui faussent les échanges afin d’établir une juste concurrence sur
les marchés internationaux ; la simplification et l’amélioration des mesures
anti-dumping légitimes et l’instauration de protections temporaires ; l’amélioration
de l’accès aux marchés internationaux pour els pays en développement, et et la
conclusion de nouveaux accords contractuels.[8] [9] [Chapitres 3 ; 7]
Renforcer l’équité
L’ouverture des marchés agricoles nationaux à la
concurrence internationale peut avoir des retombées économiques positives, mais
aussi des effets néfastes à long terme sur la réduction de la pauvreté, la
sécurité alimentaire et l’environnement, si les institutions et les
infrastructures de base ne sont pas en place au niveau national. Certains pays
en développement avec de vastes secteurs d’exportation ont pu accroître leur
PIB dans l’ensemble, même si leur agriculture paysanne n’en a pas
nécessairement profité et, dans plusieurs cas, a enregistré des pertes.
L’agriculture paysanne dans les pays en développement les plus pauvres est la
perdante nette dans la plupart des scénarios de libéralisation des échanges qui
traitent de cette question. Ces effets distributionnels appellent une différentiation
des cadres politiques décrits dans le plan de travail de Doha (traitement
spécial et différencié et accès non réciproque). Les pays en développement
pourraient bénéficier de la réduction des barrières et la suppression des
tarifs croissants des produits transformés dans les pays développés et en
développement ; et ils pourraient aussi profiter de la réduction des barrières
entre eux ; un accès généralisé et plus privilégié aux marchés des pays
développés pour les produits de base importants pour la subsistance des
populations rurales ; des investissements publics accrus dans la valeur
ajoutée locale ; un meilleur accès des petits producteurs au crédit ;
et des marchés régionaux renforcés.[10]
L’agriculture intensive
orientée vers l’exportation s’est développée avec l’ouverture des opérations
des marchés, qui s’est accompagnée de conséquences tant positives que négatives
selon les circonstances, notamment l’exportation des éléments nutritifs du sol
et de l’eau, une gestion irrationnelle des sols et de l’eau, ou des conditions
de travail esclavagistes dans certains cas. Les innovations des AKST portant
sur les objectifs de durabilité et de développement seraient plus efficaces si
des changements fondamentaux étaient apportés aux signaux de prix, par exemple la
prise en compte des coûts écologiques et des paiements ou des récompenses pour
les services environnementaux.[11] En plus, la qualité et la transparence de
la gouvernance, y compris une participation accrue des parties prenantes aux
décisions relatives aux AKST, est fondamentale pour obtenir de meilleurs
résultats en matière de viabilité et de développement. [Chapitre 7].
Des accords contractuels à long terme (alliances
commerciales, chaînes de produits de base, programmes publics et privés d’aide
aux petits producteurs, etc.) se sont avérés efficaces pour améliorer les
moyens de subsistance des petits producteurs. Ces approches peuvent promouvoir
des activités liées à la chaîne de valeur et créer des emplois, à condition que
les rapports de force entre acteurs soient transparents et équitables. Elles
peuvent permettre aux petits producteurs de saisir les opportunités offertes à
travers des accords institutionnels qui prévoient l’accès aux marchés et des
crédits pour les intrants et le matériel végétal. Dans un certain nombre de
cas, ces programmes ont favorisé les abus et la corruption, compromettant ainsi
leur efficacité. La contribution de ces dispositifs doit être davantage testée
pour déterminer s’ils offrent suffisamment d’opportunités dans les systèmes
agricoles pauvres en ressources. [Chapitre 7] D’autres approches politiques
avérées comprennent l’extension de l’accès aux institutions de microfinance, le
financement des chaînes de valeur et des marchés locaux, l’intégration des
chaînes alimentaires, l’appui au commerce équitable et à l’agriculture
biologique comme stratégies de diversification et d’ajout de la valeur, et la
promotion d’initiatives commerciales privées durables et extensives. Le cadre
de la politique commerciale, y compris la réduction ou la suppression des
tarifs croissants appliqués aux produits agricoles dans les pays développés et
en développement importateurs, ainsi que les institutions et infrastructures
nationales renforcées, notamment de meilleurs réseaux commerciaux aux niveaux
local et régional, sont des facteurs essentiels pour déterminer si ces approches
politiques produiront sur le terrain des résultats favorables aux pauvres.
[Chapitre 7]
En l’absence d’institutions locales et nationales
fortes qui soutiennent les objectifs de développement et de durabilité, le transfert de technologies qui
contribuent à l’accroissement de la productivité ne profite pas véritablement
aux producteurs pauvres et vulnérables. Le transfert linéaire de la recherche
et de la technologie à l’échelle internationale aboutit à une concurrence non
équilibrée entre des systèmes de production soutenus par l’État depuis des
décennies et des systèmes qui n’ont jamais reçu d’investissements publics
comparables. Des mesures visant à promouvoir les systèmes d’innovation pour un
développement favorable aux pauvres (comparativement au transfert de
technologies en soi) et à accroître la participation des pauvres à la
gouvernance des AKST sont nécessaires pour atteindre les objectifs de
développement et de durabilité. [Chapitre 7]
Des technologies telles que les variétés de
plantes à haut rendement, les substances agrochimiques et la mécanisation, ont
principalement profité aux groupes les plus nantis de la société et aux
multinationales, plutôt qu’aux personnes les plus vulnérables. Pour s’assurer
que la technologie concourt aux objectifs de développement et de durabilité, des mécanismes politiques et
institutionnels renforcés sont nécessaires pour équilibrer les systèmes privés,
communaux et nationaux de protection des droits relatifs aux connaissances et
aux ressources. Les options politiques visant à corriger les faiblesses et les
inégalités[12]
des systèmes actuels de protection des droits de propriété intellectuelle et de
ressources génétiques peuvent comprendre : 1) un lien plus étroit entre
les niveaux de protection et les objectifs de développement, 2) des politiques
explicites sur la gestion de la propriété intellectuelle dans les organisations
publiques, 3) la préservation, le maintien, la promotion et la protection
juridique des connaissances traditionnelles et de l’innovation au niveau
communautaire, et 4) des mesures portant sur le partage des avantages des
ressources génétiques et des produits dérivés.[13] L’on a besoin de
politiques sur la gestion des ressources humaines pour établir clairement
comment l’accès et la propriété sont repartis parmi les communautés d’où sont
tirées ces ressources. [Chapitres 3 ; 7]
La société profite de l’implication des femmes
dans la prise de décisions, et quand elles ont accès aux AKST et aux ressources
telles que la terre, l’eau, les intrants agricoles et les semences. Les
services de santé, les structures d’accueil pour les enfants en âge préscolaire
et l’éducation favorisent la participation des femmes aux activités agricoles. Il
faudrait cibler particulièrement les AKST et accroitre l’encadrement de l’État
pour préparer les femmes pauvres à participer effectivement aux marchés.
[Chapitre 5]
Durabilité de l’environnement et
gestion des ressources naturelles
Les avancées en matière d’AKST peuvent contribuer
à créer une synergie entre la croissance agricole, l’équité sociale et la
durabilité de l’environnement. [Chapitres 3 ; 5] Des approches intégrées aux
AKST peuvent aider l’agriculture à s’adapter à la rareté de l’eau, assurer la
sécurité alimentaire à l’échelle internationale, préserver les écosystèmes et
fournir des moyens de subsistance durables aux populations rurales pauvres. Le
fait d’intégrer la production alimentaire dans des systèmes multifonctionnels,
à côté d’autres fonctions écosystémiques, peut faciliter la réalisation de
nombreux objectifs (systèmes intégrés de riziculture et d’aquaculture ;
systèmes intégrés de culture et d’élevage, etc.). Les AKST peuvent contribuer à
accroître la productivité de l’eau en réduisant les pertes en champ (par
exemple par l’agriculture de précision et la micro-irrigation) et par la
sélection et la gestion des sols et des cultures. Les zones de cultures
pluviales des pays en développement ont le plus gros potentiel d’augmentation
de la productivité de l’eau ; les cultures en courbes de niveau, le
billonnage, le semis direct, l’augmentation de la matière organique du sol et
la récupération de l’eau peuvent accroître la rétention d’eau par les sols et
réduire le ruissellement dans ces zones [Chapitre 3]. Une meilleure conception
et gestion des grands barrages et des systèmes d’irrigation peut permettre de
préserver les écosystèmes aquatiques et riverains, d’éviter l’ensablement et la
salinisation, et d’améliorer l’équité entre les utilisateurs en amont et en
aval. La qualité de l’eau peut être améliorée par des politiques qui associent
des règles applicables pour réduire et prévenir la contamination des eaux
souterraines et de surface par les intrants agricoles aux investissements en
AKST. [Chapitre 6]
L’empreinte écologique de l’agriculture
industrielle est déjà trop importante pour être ignorée, et l’on prévoit une
plus grave altération de l’environnement mondial dans l’avenir, qui pourrait
l’élargir davantage. Les politiques qui encouragent d’adopter plus rapidement
les solutions d’atténuation et d’adaptation avérées basées sur les AKST peuvent
contribuer à corriger ou à inverser cette tendance tout en maintenant une production
alimentaire suffisante. Les politiques favorables aux pratiques agricoles
durables (par exemple, l’utilisation des marchés et d’autres types d’incitation
pour récompenser les services environnementaux) stimulent davantage
l’innovation technologique, notamment les approches agroécologiques et
l’agriculture biologique pour réduire la pauvreté et améliorer la sécurité
alimentaire. Les pressions croissantes sur les ressources naturelles requièrent
de nouvelles politiques d’investissement pour les AKST. Des politiques
d’investissement novatrices et mieux ciblées dans les AKST sont essentielles
pour développer le capital naturel, humain, financier, social et physique en
vue d’assurer la viabilité sociale et environnementale. [Chapitre 8]
Des zones de pêche durables requièrent une
application pratique et efficace d’une approche écosystémique, qui peut inclure
un meilleur suivi, un meilleur contrôle et une meilleure application, et être
sous-tendue par un système de certification. Les zones marines protégées
peuvent être étendues et les prix des concessions de pêche relevés. Diverses
options politiques sont nécessaires pour permettre d’opérer les meilleurs choix
en matière d’utilisation et de partage des ressources, et pour réduire les
effets écologiques et sociaux néfastes de l’aquaculture. Des politiques
appropriées comprendraient la suppression des subventions allouées pour des
technologies non viables. [Chapitre 3]
Le paiement ou la récompense des services
écologiques sur la base du rendement est une reconnaissance de l’importance des
multiples fonctions de l’agriculture et permet de créer des mécanismes de
valorisation et de paiement des avantages des services écologiques qui
préservent la ressource et résultent de pratiques culturales durables, telles
qu’une production à faible intensité d’intrants et peu polluante, des pratiques
aratoires antiérosives, la gestion des bassins hydrographiques,
l’agroforesterie, la séquestration du carbone, la lutte biologique et la
pollinisation, et la préservation de la biodiversité agricole. D’autres
approches politiques déjà utilisées dans divers pays, et qui pourraient réduire
l’empreinte négative de l’agriculture, comprennent des taxes sur le carbone, l’utilisation
de substances agrochimiques et la pollution de l’eau. De telles taxes constituent
des incitations pour atteindre les objectifs d’utilisation-de réduction
convenus aux niveaux national et international et soutiennent des technologies
peu polluantes qui préservent les ressources. Elles encouragent la multifonctionnalité
dans l’utilisation des terres culturales, en augmentant les sources de revenu
pour les exploitants du sol et en permettant l’étiquetage des aliments qui ont
un impact sur le carbone. Une autre option consiste à interdire les pratiques
particulièrement nuisibles dans les zones très vulnérables (déforestation à la
lisière des forêts tropicales, utilisation de substances chimiques toxiques
dans les intervalles des lignes de partage des eaux et près des ruisseaux, etc.).
Pour réaliser les objectifs de développement, des incitations et des systèmes de
régulation peuvent être conçus pour assurer des revenus stables aux petits
producteurs et aux communautés locales, notamment la certification des produits
par origine géographique et l’agriculture biologique. La viabilité à long terme
et le caractère équitable des avantages de ces systèmes sont des domaines qui
nécessitent une recherche approfondie. [Chapitres 3 ; 7]
Insérer
tableau GSDM-1. Exemples d’approches politiques favorables aux objectifs de
développement et de durabilité[14]
Les AKST peuvent jouer un rôle proactif en
relevant le défi de la variation du climat, en atténuant les risques de
production liés au climat et en s’y adaptant. Les changements climatiques influent
sur les systèmes agricoles, et réciproquement. Les effets négatifs directs de
la variabilité du climat et les changements climatiques projetés vont
principalement se ressentir dans les tropiques et les zones subtropicales. Les
AKST peuvent être mises à contribution pour atténuer les émissions agricoles de
gaz à effet de serre, renforcer les puits de carbone, améliorer la biodiversité
(plantation d’arbres et pratiques aratoires antiérosives, etc.) et renforcer la
capacité des systèmes agricoles à s’adapter aux conditions biotiques et abiotiques
résultant des changements climatiques. Toutefois, certaines de ces politiques
peuvent stimuler la concurrence pour les ressources, par exemple, production d’aliments
contre bioénergie et foresterie à des fins de séquestration du carbone.
Certains modèles qui favorisent de très faibles niveaux de stabilisation
(équivalents à 450 ppmv CO2) indiquent un besoin de mesures telles
que la séquestration du carbone et des plantations de bioénergie, qui entreraient
en concurrence avec les terres affectées à la production alimentaire. Les
avancées dans les AKST et l’accent mis sur les connaissances locales peuvent
permettre de réduire la dépendance de l’agriculture et de la chaîne alimentaire
à l’égard des combustibles fossiles utilisés pour les substances agrochimiques,
les machines, le transport et
Un cadre réglementaire international durable
(30-50 ans), négocié, intégré et équitable, avec des responsabilités différenciées
et des objectifs intermédiaires d’atténuation des émissions de gaz à effet de
serre, pourrait réduire l’ampleur des changements climatiques de source
anthropique qui, selon les prévisions, devraient diminuer la productivité
agricole dans toute la zone tropicale et subtropicale. Un Mécanisme de
développement propre élargi pourrait être utilisé, avec un ensemble complet
d’activités agricoles éligibles pour l’atténuation des émissions, et dans le
cadre d’une approche sectorielle nationale intégrant une diversité de pratiques
(arboriculture, semis direct, élevage et gestion de rizières, etc.). L’avantage
de ces approches est qu’elles sont applicables aux conditions de l’agriculture
paysanne dans les pays en développement, mais nécessitent des procédures et
cadres transparents et comptables pour fonctionner efficacement. D’autres
approches pourraient comprendre la réduction des subventions agricoles pour les
systèmes de production qui aggravent les émissions de gaz à effet de serre.
[Chapitre 7]
Pour répondre aux défis et impacts attendus des
changements climatiques, les AKST doivent jouer un rôle majeur en vue
d’accroître la capacité d’adaptation et de renforcer la résistance des systèmes
de production par une gestion résolue de
Il faudrait mener des recherches pour mieux
comprendre les avantages et inconvénients potentiels de la production de la
bioénergie, qui dépendent largement des réalités locales. Certains pays sont en
train de promouvoir ou d’élaborer des politiques locales relatives aux
biocarburants en vue de créer davantage d’emplois en milieu rural, de
contribuer au développement économique et d’atténuer les changements
climatiques. Mais, les effets négatifs sur la pauvreté (hausse des prix des
denrées alimentaires, marginalisation des petits producteurs, etc.) et sur
l’environnement (raréfaction de l’eau, déforestation, etc.) peuvent l’emporter
sur ces avantages et doivent être soigneusement évalués.
Étant donné que du point de vue économique, les
biocarburants de première génération sont rarement compétitifs par rapport aux
hydrocarbures, la plupart des politiques sur les biocarburants se fondent sur
un ensemble complexe de subventions et de réglementations visant à stimuler
Il existe aussi un énorme potentiel d’expansion de
l’utilisation des digesteurs (à l’exemple du fumier de bétail), des gazogènes
et des outils de combustion directe pour produire de l’électricité, en
particulier dans des zones non couvertes par le réseau et en cogénération sur
les sites des industries productrices de déchets de biomasse (riz, sucre, papeteries,
etc.). Il faudrait mener des recherches et réaliser des investissements pour en
étudier les coûts et avantages, en particulier dans les pays en développement.
[Chapitre 6]
Meilleure gouvernance, dispositifs institutionnels et organisationnels
La plupart des personnes participant aux processus
intergouvernementaux reconnaissent l’importance de l’engagement politique et
d’une participation significative de toutes les parties prenantes et à tous les
niveaux à l’élaboration et à la mise en œuvre de politiques relatives à
l’agriculture. Dans certains pays, divers groupes, y compris la société civile
et le secteur privé, collaborent à l’élaboration des politiques ; ils sont
informés par des données scientifiques et empiriques et représentent les intérêts
publics. Dans ces cas, les politiques sont axées sur la multifonctionnalité de
l’agriculture et visent la réalisation de divers objectifs, dont la
productivité des plantes, un développement économique durable, la durabilité de
l’environnement, la santé et le bien-être social. [Chapitres 2 ; 3]
L’application à plus large échelle de modèles
institutionnels d’AKST capables de contribuer à la réalisation des objectifs
combinés de développement et de durabilité requiert des ressources pour couvrir les coûts de transaction des
interactions entre partenaires, qui font partie intégrante du processus
d’innovation. Dans certains cas, comme dans des arrangements
multi-organisationnels impliquant des supermarchés ou des acteurs commerciaux
dans des chaînes de valeur orientées vers le marché, ces coûts peuvent être
recouvrés à partir des bénéfices commerciaux. Dans d’autres cas, des
subventions de l’État (par exemple : accords entre organisations
paysannes, prestataires de services de conseil et réseaux scientifiques internationaux),
ou des financements privés (accords entre organisations paysannes, fournisseurs
de technologies et organisations intermédiaires telles que des fondations
militant pour le développement ou des ONG par exemple) peuvent être requis, en
se fondant sur les succès ou les échecs antérieurs.
Les dispositifs institutionnels présentant
un potentiel avéré de promotion des objectifs de développement et de durabilité prévoient la participation des
producteurs à la sélection des plantes et la recherche adaptive ; le
financement de la R&D pour les utilisateurs des résultats de la recherche
afin qu’ils sous-traitent les services de fournisseurs d’AKST ; et la
dotation en personnel d’agences chargées de la gestion des bassins pour
faciliter la collaboration entre diverses organisations autour des AKST
nécessaires pour soutenir la gestion de l’agroécosystème. D’autres modalités
présentant un potentiel avéré pour contribuer à la réalisation des objectifs de
durabilité
et de développement
comprennent des accords entre plusieurs organisations pour fournir les AKST
nécessaires dans le cadre de stages pratiques de producteurs et des cercles de
recherche regroupant producteurs et chercheurs; des réseaux d’AKST regroupant
les ONG, les organisations paysannes et les instituts de recherche ; la
collaboration entre prestataires publics d’AKST au sein et entre des pays en
développement ; et divers accords entre producteurs. [Chapitres 2 ;
3]
Insérer tableau GSDM-2. Exemples de conditions propices pour faire avancer les objectifs de
développement par la S&T
Un nombre croissant d’acteurs participe à la
création et à l’amélioration des conditions dans lesquelles les AKST peuvent
produire des bénéfices substantiels pour les petits producteurs. Ces conditions
incluent des routes, des marchés, des systèmes d’irrigation et des services
adaptés aux besoins des petits producteurs et des ouvriers agricoles. Dans
certaines circonstances, les acteurs publics, particulièrement au niveau des
collectivités décentralisées, peuvent faciliter la participation des ONG, des organisations paysannes, des
associations professionnelles, du secteur privé, des organisations
scientifiques et des syndicats à la fourniture des infrastructures et des
services ; dans d’autres cas, les acteurs publics resteront les principaux
fournisseurs de ces infrastructures et services.
Les instituts publics de recherche et
d’enseignement de certains pays, en particulier en Afrique subsaharienne, ont
considérablement faibli. De nouvelles formes de collaboration émergent, dont
des réseaux régionaux, des consortiums public-privé, une distribution plus
efficace du travail et des capacités entre instituts de recherche et
universités, et la reconnaissance des rôles que jouent les ONG et les
producteurs eux-mêmes dans la recherche. Les problèmes qui demeurent incluent
le manque de compétences dans certains domaines scientifiques, l’émigration des
capacités vers les pays industrialisés et le secteur privé, et les faibles
incitations allouées à la science, tant dans le secteur public que privé, pour
résoudre les problèmes des pauvres. Les questions de portée internationale et
transfrontalière requièrent de nouveaux arrangements pour le renforcement de la
coopération et des capacités, ce qui nécessite des ressources appropriées.
Des investissements
accrus et mieux ciblés des secteurs public et privé dans les AKST peuvent
apporter une contribution majeure à la réalisation des objectifs de
développement et de durabilité. Il s’agit ici d’investissements dans le développement
de technologies et de systèmes de gestion qui utiliseront plus efficacement des
ressources rares telles que la terre, les forêts, l’eau et, dans l’avenir, les
combustibles fossiles ; pour aider à préserver les fonctions
écosystémiques par la réduction des émissions de gaz à effet de serre,
l’atténuation de la pollution de l’eau, et le ralentissement ou l’inversion de
la tendance à la perte de la biodiversité ; pour lutter contre les ennemis
et les maladies des plantes et des animaux. Des investissements supplémentaires
sont aussi nécessaires dans des domaines pour lesquels les données suggèrent
des lacunes de connaissances. [Chapitres 8]
Les gouvernements
continueront à jouer un rôle important pour fournir des biens publics, assurer
un accès équitable aux AKST et créer un cadre politique et institutionnel
propice. L’économie politique et la bonne gouvernance sont des facteurs
déterminants dans la mobilisation des ressources pour les AKST ; elles
jouent aussi un rôle de premier plan dans l’allocation des ressources entre
différentes composantes des AKST. Pour impulser le changement dans les
décisions d’investir dans les AKST, il faudrait chercher davantage à répondre
aux besoins des groupes vulnérables, et assurer la responsabilité et la
transparence. [Chapitre 7]
Des financements publics
accrus et des investissements publics mieux ciblés dans les AKST dans les pays
en développement peuvent contribuer significativement à la réalisation des
objectifs de développement et de durabilité. Il s’agit ici d’investissements
supplémentaires du secteur public pour la fourniture d’une diversité de biens
publics mondiaux. Cette augmentation des financements se justifie par 1) le potentiel
de rentabilité économique élevée des technologies utilisées par les producteurs
sur le terrain et 2) les données qui établissent que les investissements en
AKST peuvent contribuer à réduire
Qu’elles soient grandes
ou petites, les entreprises privées ont été et continueront d’être de gros
fournisseurs d’intrants et d’innovations aux producteurs commerciaux et de
cultures vivrières, et peuvent par conséquent apporter une contribution majeure
à la réalisation des objectifs de développement et de durabilité. Ils fournissent
rarement des biens publics ou des biens et services non commercialisables, mais
les données montrent que les fournisseurs privés de technologies apportent
énormément aux producteurs et consommateurs. Pour utiliser au mieux les
investissements privés dans les AKST, l’État doit adopter des réglementations
pour contrer les effets externes néfastes et les comportements monopolistiques
et soutenir les pratiques écologiquement rationnelles, tout en fournissant aux
entreprises des incitations pour investir dans des AKST favorables aux pauvres.
[Chapitre 8]
La capacité d’affecter
efficacement les ressources humaines et financières passe par une amélioration
significative de la capacité des acteurs publics et privés à prévoir et réagir
aux changements écologiques, sociaux et économiques, aux niveaux local et
international. Cela inclut la capacité d’opérer des choix technologiques
stratégiques, de créer des cadres politiques et réglementaires publics
efficaces, et d’engager des initiatives dans les domaines de l’éducation, la
recherche et la vulgarisation. L’implication des producteurs, du grand public,
des élèves et d’autres acteurs dans le suivi et l’évaluation des risques,
l’amélioration de la capacité de SIG et la création de bases de données et
d’autres systèmes de gestion de l’information, tout cela peut contribuer à
améliorer les capacités de prévision des AKST, affecter les ressources de
manière appropriée, et fournir les données requises pour opérer des choix
technologiques stratégiques.
Annexe
Réserves sur le
rapport tout entier
Australie : L’Australie salue
l’initiative et les rapports de l’IAASTD qu’elle considère comme un exercice
multilatéral et pluridisciplinaire opportun et important pour évaluer et
renforcer le rôle des AKST dans la résolution des problèmes internationaux de
développement. Toutefois, les observations et points de vue présentés sont si
diversifiés que l’Australie ne peut accepter toutes les affirmations et options
incluses dans le rapport. Elle considère par conséquent ce rapport comme une
contribution utile qui sera prise en compte au moment de déterminer les futures
priorités et la portée des AKST pour la croissance économique et la réduction
de la faim et la pauvreté.
Canada : Le Gouvernement
canadien se félicite du travail considérable réalisé par les auteurs, le
Secrétariat et les parties prenantes de l’IAASTD, et note que le Résumé général
à l’intention des décideurs est une contribution précieuse et importante pour
le débat politique qui doit se poursuivre dans le cadre des processus nationaux
et internationaux. Tout en reconnaissant que des améliorations considérables
ont été rendues possibles dans un esprit de compromis, il reste un certain
nombre d’affirmations et d’observations qui doivent faire l’objet d’une analyse
plus approfondie, équilibrée et objective. Toutefois, le Gouvernement canadien
demande que le Résumé général à l’intention des décideurs soit porté à l’attention
des gouvernements pour être pris en compte alors qu’ils examinent l’importance
des AKST et la contribution significative qu’elles pourraient avoir pour la
croissance économique et la réduction de la faim et de la pauvreté.
Etats-Unis d’Amérique : les Etats-Unis
s’associent aux autres gouvernements pour reconnaitre l’importance vitale des
AKST pour la réalisation des objectifs de l’IAASTD. Nous saluons les efforts
inlassables des auteurs, des réviseurs, des co-présidents et du Secrétariat.
Nous félicitons l’IAASTD d’avoir réuni pour la première fois autant d’acteurs
venus d’horizons divers dans le cadre d’une initiative d’une telle ampleur.
Nous tenons à manifester notre respect pour la grande diversité des vues
exprimées et la richesse des débats.
Eu égard aux problèmes
spécifiques et de fond que nous relevons dans chacun des rapports, les
Etats-Unis ne peuvent approuver ces derniers sans réserve, et ces réserves ont
été notées.
Les Etats-Unis sont
convaincus que l’Evaluation pourrait susciter des discussions et de recherches
plus approfondies. Nous reconnaissons par ailleurs que les rapports constituent
une contribution utile à prendre en compte par les gouvernements alors qu’ils
examinent le rôle des AKST pour la promotion d’une croissance économique durable
et la réduction de la faim et la pauvreté.
Réserves sur
des passages particuliers
[1]
USA et Botswana
[2]
USA
[3] Bénin, Botswana, Ethiopie, Gambie,
Kenya, Ouganda, RDC, Tanzanie, Togo.
[4]
Australie et USA
[5]
Kirghizistan
[6]
Australie et USA
[7]
Cameroun
[8]
Australie
[9] Australie, Brésil, Canada, Costa
Rica, Cuba, El Salvador, Honduras, Panama, Paraguay, USA et Uruguay
[10]
Australie
[11]
Brésil, Cuba, Ethiopie et Ouganda
[12]
Canada et Ouganda
[13]
Canada
[14]
USA